Chronique

Kaze

Atody Man

Natsuki Tamura (tp), Christian Pruvost (tp), Satoko Fujii (p), Peter Orins (dms)

Label / Distribution : Circum Disc

On avait laissé Kaze dans un Trouble dû d’abord à un effet kaléidoscopique. De quatre à six membres, doublés comme le sont les trompettes, cela multipliait les possibles et déplaçait le centre de gravité. Le vent [1] soufflait toujours, mais redistribuait les cartes, cathartique telle que peut l’être la tempête. Et après, retour au calme ? C’est de coutume. Atody Man, nouvel album de Kaze, le cinquième paru sur le label Circum, signe le retour au quartet. Mais comme toujours après un épisode où les éléments se déchaînent, tout revient à la normale dans un nouvel environnement. C’est exactement ce qu’annonce « Hypnotique sympathie », le premier morceau qui commence par un monochrome de trompettes. Natsuki Tamura est sur le canal gauche, Christian Pruvost occupe le droit, et rien que cela est déjà une nouveauté dans l’organisation du quartet qui se connaît si bien ; chacun à sa place. La note tenue, qui lézarde le silence comme une étoffe se déchire fibre par fibre, se perd peu à peu dans les tintements et les chuintements des cordes du piano de Satoko Fujii et des cymbales de Peter Orins.

C’est une renaissance, un recomposition, mais en aucun cas une mutation. Dans « Morning Glow », petite douceur au milieu de l’album, on retrouve le toucher très soyeux et romantique de la pianiste. Il définit une couleur qui va guider ses compagnons, bien décidés à lui offrir le plus de place possible, mais également à se nourrir de la belle mécanique pour entraîner eux-mêmes un mouvement. Tamura et Pruvost ayant gardé leurs places stéréophoniques, c’est avec un soin particulier qu’ils donnent un sentiment d’engrenage bien huilé avant de laisser le champ libre à Peter Orins qui se concentre, chose rare, principalement sur les peaux. Contrairement aux précédents albums, souvent impétueux, Atody Man offre un visage plus serein, qui recherche davantage la mélodie, quand bien même « Inspiration 2 » offre une nouvelle démonstration de l’immédiateté de cette musique et de sa capacité à ne jamais se laisser enfermer. Comment mettre le vent en détention ?

S’il y a une vraie évolution dans Kaze redevenu quartet, c’est bien dans l’apprivoisement du silence et l’affirmation de plus grandes individualités, même si les alliances de toujours - entre les soufflants, entre les langages - saillent parfois encore (« Morning Glow »). Cela nécessite de l’écoute, mais surtout de l’espace pour développer de nouvelles idées. Les membres du quartet franco-japonais n’en manquent pas et nous livrent un beau recueil de fulgurances qui ne demandent qu’à bouillonner. Atody Man, titre énigmatique signifie l’Homme Œuf (Atody est sa traduction malgache). Quelque chose qui tient de la naissance et de la transformation. C’est le spectacle auquel on assiste, avec un certain plaisir.

par Franpi Barriaux // Publié le 24 juin 2018
P.-S. :

[1Kaze signifie vent en japonais.