Scènes

L’Acoustic Lousadzak de Claude Tchamitchian

Pour son nouveau projet d’orchestre non amplifié, Claude Tchamitchian a composé trois suites orchestrales merveilleuses de chacune trois mouvements pour voix et orchestre de neuf musiciens.


Pour son nouveau projet d’orchestre non amplifié, Claude Tchamitchian a composé trois suites orchestrales merveilleuses de chacune trois mouvements pour voix et orchestre de neuf musiciens. Samedi soir à l’Atelier du Plateau l’interprétation était à son image, riche, précise et diablement envoûtante.

Tels Charlie Mingus ou Charlie Haden, les contrebassistes passés à l’écriture structurent souvent leur langage en le revêtant d’une couche dramatique qui donne des airs d’opéra à leurs œuvres instrumentales. Et la voix y trouve naturellement sa place.

La chanteuse contemporaine Géraldine Keller use de la sienne comme d’un instrument cinglant et haletant d’où émergent par-ci, par-là des mots que le public peut attraper au vol comme lorsqu’on lance des bonbons à la foule lors de certains carnavals.

Les musiciens de jazz français s’affranchissent de plus en plus du modèle américain pour se réconcilier avec leurs propres racines. La musique française du début du XXe siècle retrouve une seconde jeunesse, mais l’on peut reconnaître aussi quelques réminiscences arméniennes ou références zappiennes qui viennent se greffer à tout ce qui fut aimé et pratiqué pendant de nombreuses années.


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L’Acoustic Lousadzak © H. Collon

Les associations de timbres sont des plus réussies, et les cordes de l’Acoustic Lousadzak s’en donnent à cœur joie. Le violoniste Régis Huby et l’altiste Guillaume Roy jouent depuis si longtemps ensemble que leur duo est rompu au dialogue simultané. On les voit ici avec le guitariste Rémi Charmasson qui, avec le maître et pianiste Stéphan Oliva, sonnent plus orchestre que quintet. Tous formidables musiciens, comme la section de vents composée de Catherine Delaunay et Roland Pinsard aux clarinettes, et du trompettiste Fabrice Martinez, récemment entendu au sein de l’excellent Supersonic de Thomas de Pourquery, auquel participait également le dernier arrivé dans l’Acoustic Lousadzak, le batteur Edward Perraud, qui trouve une nouvelle complicité avec Tchamitchian, particulièrement en forme malgré une fatigue imperceptible, après de longues journées de répétition, tant la musique le porte.