La Drave

Vincent Audusseau (cla), Zdeněk Tománek (ts), Basile Tuauden (b), Zoïa Tescher (d)

Label / Distribution : Autres Records

Pianiste de Franges, le bel orchestre lauréat de Jazz Migration #11 de la saxophoniste Léa Ciechelski, Vincent Audusseau a la double culture d’une musique très ouverte, assez onirique et marqué par les motifs répétitifs et le squelette classique d’un jazz plus traditionnel que l’on voit parfois resurgir sur un accord, une syncope, une main droite plus voyageuse. C’est ce que l’on avait constaté dans Franges, et c’est ce qui se confirme avec « Chouette », l’un des morceaux de La Drave, à la fois titre de l’album et nom d’un quartet que le claviériste anime depuis quelques années maintenant. Un orchestre jeune, qui aime l’espace, notamment le saxophoniste Zdeněk Tománek qui est le dernier avatar d’une scène tchèque souvent pourvoyeuse de formidables musiciens.

L’espace, c’est aussi ce qui caractérise « Renarde », joué à l’harmonium et qui laisse planer sur le disque des couleurs de folklore imaginaire, avec un imaginaire fort et très ancré, avec des tons pastels né de la rondeur du saxophone. La base rythmique a un rôle très prégnant dans cette douceur : la basse de Basile Tuauden est à la fois discrète et centrale, proposant du relief à Tománek, toujours proche du chant. Quant à la jeune batteuse Zoïa Tescher, elle propose des motifs très coloristes qui raccrochent La Drave à un propos très contemporain et mélodique, surtout lorsque l’orchestre à recours aux chœurs psalmodiés, à l’unisson (« Hucho Hucho »). Une pratique qui revient souvent dans l’album et qui en définit l’esthétique ésotérique, revendiqué par la pochette en forme de carte de tarot.

La Drave, c’est un affluent du Danube qui serpente en Europe Centrale ; si les influences de Radusseau viennent du cœur de l’Europe, elles sont lointaines et plus sûrement liées à la musique écrite occidentale (« Renarde ») et peut même se parer d’un certain lyrisme (« Caillou »). Mais La Drave, c’est surtout le transport de bois flotté le long des fleuves, notamment dans les grands espaces canadiens, au gré des courants. Une pratique que le quartet traduit en musique comme une invitation au voyage.