Tribune

La Jazz Hotte

Une sélection de cadeaux à offrir pour celles et ceux qui aiment le jazz.


Fatty se déchaine, en DVD. Musique Airelle Besson.

Comme chaque année à l’approche des fêtes, on voit sortir quelques belles rééditions, quelques beaux livres et des DVD consacrés au jazz, tous styles confondus.
Alors quelques jours avant de mettre la dernière main à vos listes d’achats, voici de quoi contenter votre entourage.

Pour commencer, quelques documentaires sur des musiciens vivants (et aussi des morts).

La société de production La Huit propose deux DVD consacrés à Emile Parisien et Vincent Peirani d’un côté et Andy Emler et Thomas de Pourquery de l’autre.
Le premier rassemble un documentaire sur le duo Parisien-Peirani (80 minutes) ainsi qu’un film (60 minutes) qui nous plonge au sein du groupe de Peirani, Living Being, avec Emile Parisien bien entendu.
Le second se déroule en deux temps, essentiellement lors du festival Banlieues Bleues, avec d’une part le Supersonic de Thomas de Pourquery dans le répertoire dédié à Sun Ra (52 minutes) assorti de confidences du leader à la caméra. D’autre part, une immersion de 54 minutes avec le duo Andy Emler et Thomas de Pourquery, séances de travail et concert. Dans tous les cas, les différents réalisateurs proposent d’être au plus près des musiciens, ce qui rend le film touchant et captivant.

La Huit, toujours, propose ce double DVD : Looking for Ornette, consacré au saxophoniste Ornette Coleman, un des géants de l’histoire du jazz. Le film éponyme est un documentaire de Jacques Goldstein de 2016, qui trace un portrait en creux du saxophoniste en rassemblant des témoignages et en rencontrant ses contemporains. Il est accompagné du projet Ornette-Apparitions, proposé par Antonin-Tri Hoang et son groupe Novembre lors d’une création à Banlieues Bleues. Un objet aussi passionnant musicalement qu’historiquement.

Plus ludique, le DVD Fatty se déchaîne en version restaurée. Il s’agit des trois meilleurs courts-métrages burlesques réalisés en 1917 par Roscoe « Fatty » Arbuckle, l’un des acteurs-réalisateurs du cinéma muet américain les plus populaires de son époque : « Fatty boucher », « Fatty à la clinique » et « Fatty amoureux ».
Avec Fatty Arbuckle, Buster Keaton et Al St John et une création musicale d’Airelle Besson. Pour ce projet, la trompettiste forme un quartet avec Lionel Suarez (accordéon), Jeremy Delorme (DJ, scratch, Bandit Crew) et Josselin Quentin (balafon chromatique, vibraphone, batterie, percussions), qui fournit une bande-son sur mesure pour l’œuvre de ce grand oublié de l’histoire du cinéma américain. Airelle Besson nous confiait d’ailleurs dans son récent entretien le souhait de tourner avec ce ciné-concert. Avis aux amateurs !


Pour écouter, il y a plusieurs écoles, selon le matériel disponible.

Bien entendu, on ne parle pas ici de fichiers-son compressés ni d’installations Hi-Fi hors de prix. Mais sur un matériel correct, il y a des rééditions qui font la différence. C’est le cas de l’équipe qui réunit les sociétés Fondamenta et Devialet et qui propose des disques de concerts à partir des bandes d’origine remasterisées grâce à des procédés innovants. Le travail consiste à chercher et trouver ces bandes d’origine, perdues, cachées ou oubliées, de les restaurer avec le plus grand soin et de réaliser des disques de grande classe, avec un papier satiné, une esthétique minimale. C’est le cadeau idéal pour les personnes raffinées !
Parmi les récentes sorties, on trouve des enregistrements de concerts inédits comme ceux de Sarah Vaughan (1975), Oscar Peterson (1961) ou Ella Fitzgerald (1961) ; plus récemment un superbe live à Rotterdam de Thelonious Monk quartet, le 28 octobre 1967 - enregistrement qui précède d’une semaine celui de la salle Pleyel à Paris - et un inédit, encore, le concert du quintet de Dizzy Gillespie au festival de Laren en 1973. Il faut noter que tous les enregistrements réédités par Fondamenta proviennent d’enregistrements réalisés aux Pays-Bas.

Autre coffret de réédition bien travaillée, le concert de Wes Montgomery et son quartet au Théâtre des Champs-Elysées, le 27 mars 1965. La présence de Johnny Griffin est confirmée sur trois des titres. Ce double CD est issu des bandes conservées par l’INA et éditées par le label Resonance. La vie courte du guitariste et sa peur de l’avion rendent sa tournée européenne de 1965 unique, au sens propre : ce fut la seule. Mais Montgomery est venu avec son propre groupe, avec lequel il jouait déjà depuis quelques temps et ce concert n’est donc pas une simple mise en valeur d’un soliste américain, tout juste débarqué d’un avion et entouré d’un groupe local avec lequel il n’aurait répété qu’une petite heure en arrivant. De la très bonne guitare, pour une fois.


Pour finir, quelques livres sur la musique et le jazz.

Dans la lignée du livre de Stephen Witt, À l’assaut de l’empire du disque, Castor Astral publie Boulevard du stream, la longue enquête du journaliste Sophian Fanen (@lesjours) au sujet du streaming et du téléchargement. C’est un peu technique, juste ce qu’il faut pour comprendre, et c’est surtout un bon moyen de se faire une idée sur ce phénomène où les téléchargeurs ne sont pas tous des voleurs et où les plates-formes de streaming ignorent souvent les droits des auteurs. Que les maisons de disques se rassurent, les stars qui engendrent leurs plus gros profits meurent les unes après les autres depuis quelques années ; la lessiveuse à rééditions de luxe en coffrets définitifs à moindre coût va permettre de remplir leurs tirelires, sans le moindre effort. Ouf.

Roscoe Mitchell, 1995. Par Eric Mannaerts

Une petite merveille, comme il n’en arrive pas tant que ça, est arrivée à la rédaction. Un livre de photos de musicien.ne.s de jazz signées Eric Mannaerts. Ce photographe s’est trouvé pendant une décennie (1985-95) dans les coulisses de festivals ou de salles de concert. Présentées au format carré, les photos sont toutes des portraits marqués par le style bien personnel de Mannaerts, avec un mouvement très particulier et presque toutes captant le regard des musicien.ne.s. La décennie en question n’est pas la mieux documentée en photographie et c’est aussi l’intérêt de ce livre. Quelques textes bien tournés, dont plusieurs signés de notre collaborateur Philippe Méziat, viennent ponctuer le portfolio. Pour recevoir Jazz en Coulisses, 1985-1995, il faut s’adresser à martine.dekeersmaeker suivi du suffixe de messagerie gmail. Le livre de 148 pages est donc rare, mais pas cher, car il est vendu 25 €, c’est Noël.

Autre nom de la photographie qui se fait rare, celui de Ted Williams. Un grand et beau livre édité chez Gründ, Jazz, les photographies de Ted Williams permet de prendre toute la mesure de ce photographe — par ailleurs auteur de clichés célèbres (Martin Luther King Jr., la guerre du Vietnam, etc.) — qui a contribué à illustrer les magazines de jazz des années 40 à 60. Il possède une impressionnante collection de photos de Duke Ellington et saisit des instants magiques, comme cette partie d’échecs disputée par un Dizzy Gillespie, pipe au bec, à même la scène. Le livre fait 350 pages et propose un petit voyage dans le temps, avec des images inédites. 39,95 €.

En cas de doute, prenez tout.