Chronique

La Marmite Infernale

Les hommes, maintenant !

Label / Distribution : Label Arfi

Les marmites, c’est qu’il y a de mieux pour faire cuire - longtemps - des ingrédients qui s’amalgament, créent de nouvelles saveurs, se dissolvent et caramélisent. Au fil du temps, les marmites se culottent et gardent en mémoire les cuissons passées ; alors si celles-ci sont infernales, qu’en dire ? Quelles cuisent seules, comme par magie, tous les plats en même temps ? L’ARFI (Association pour la Recherche d’un Folklore Imaginaire) n’a sans doute pas, par sorcellerie, libéré les cuisiniers de leur tâche. Experts de la tambouille de grand orchestre, La Marmite Infernale concocte avec gourmandise un ragoût musical qui tient au corps et nourrit les oreilles. Les Hommes maintenant ! regroupe onze artistes. Il combine chacune des influences du collectif en une mise en scène extrêmement précise, sans leadership ni éparpillement.

Il y a le tour de main de l’ARFI. Des arrangements solides et veloutés sur « Ce que je sais d’elle », signé Olivier Bost et Guillaume Grenard. Ils jouent à merveille de la richesse des anches (Jean Aussanaire, Jean-Paul Autin entre autres), mais également des chants traditionnels auvergnats chers à Clément Gibert. Moulinés par les machines de Guy Villerd et Xavier Garcia, ils deviennent absolument imaginaires, comme il se doit. Ce disque est une forme de synthèse de tout ce que le collectif sait faire, dans tous les contextes : celui des hommages (magnifique « Malachi » de Jean Bolcato), et celui des images (« Very Blind Willy », où l’on perçoit dans les brisures de la guitare tous les déplacements de l’orchestre).

Car c’est bien là l’aspect un peu frustrant de ce disque. Les Hommes Maintenant ! n’est - heureusement ! - pas une revendication masculiniste ; c’est un regard en arrière sur l’histoire de l’ARFI, puisque c’est en quelque sorte la « suite » de Les Hommes, un spectacle vieux de vingt ans et mis en scène par Jean-Paul Delore. Très porté sur l’image, le collectif a élaboré ce spectacle avec une scénographie étudiée qui aurait pu faire l’objet, comme ce fut le cas pour À la vie à la mort, d’une édition en DVD. Qu’importe néanmoins le contenant, la pitance qui fume de cette marmite est toujours aussi alléchante. Servir chaud, accompagné d’un verre des Raisins de la déraison