La Patata Bollente, chaud devant

Le concert de La Patata Bollente à l’occasion de Jazz à Luz s’est terminé sur les remerciements du public pour le message politique fort. Groupe militant donc ? Sauf que, pour les quatre membres, ce n’est pas si évident. Portrait de ce quartet libre.
Quand on voit, quand on écoute la Patata Bollente, le premier mot qui arrive c’est « militant ». Les textes de Refaat Alareer, Amira Hamdane, Mathieu Rigouste, David Diop, Henri Lopes que clame et déclame Merilù Solito sont en effet des critiques revendiquées du capitalisme, du néocolonialisme, des interventions israéliennes à Gaza…
Quand on leur fait part de cette impression de militantisme, Marc Démereau, Laurent Avizou et Thomas Fiancette font la moue et retournent une question à la question : « c’est quoi être militant ? », et Marc Démereau de dire qu’il ne se considère pas comme un activiste politique. On insiste en disant que les productions Freddy Morezon s’inscrivent dans des politiques territoriales, prennent des chemins alternatifs. En fait, leur positionnement quant à la question du « militantisme » diffère pour chacun.
Merilù Solito tranche, elle est militante. Son CV parle pour elle. Active contre le chantier de l’A69 entre Castres et Toulouse, actuellement impliquée dans des actions BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre le gouvernement israélien, elle sent devoir questionner injustice et exploitation sur scène aussi.
Marc Démereau a une position plus « complexe » : le point de départ de la Patata Bollente est, dit-il, entièrement et sciemment une réaction à l’état du monde, à la montée du fascisme, des impérialismes... Dans ce sens, pour lui, le projet est très nettement politique. Mais, ajoute-t-il, son métier c’est de faire de la musique, de tenter de provoquer des émotions... Militer, il l’entendrait comme agir directement sur le monde pour que le maximum de personnes rejoigne les idées qu’il défend dans la vie. Il ne pense pas que ce soit ce qu’il fait sur scène. Si cependant c’est agissant sur le public, si les auditeurs perçoivent et sont touchés par la dimension politique du projet, ça le touche en retour et le rend heureux. Dans la vie par contre, il est extrêmement en colère et l’affirme constamment. Dans ce cas,il peut se considérer comme engagé politiquement, voire militant.
À l’issue du concert dans le parc Massoure à Luz Saint-Sauveur, beaucoup de gens sont venus les remercier en leur disant se sentir moins seuls dans cette situation politique où l’extrême droite domine.
Sur la question des liens entre musique et politique, Marc Démereau avait conduit il y a seize ans déjà un projet intitulé « Pour en finir avec 69 » avec la Friture moderne, une fanfare très libre qui mêle free, rock, jazz et qui in fine refuse les catégories. Ce n’étaient que des revisites de 1969, pour répondre avec malice à Nicolas Sarkozy qui avait dit vouloir « tourner la page de mai 68 ».
Les trois gars disent plutôt qu’ils résonnent avec ce qu’est le monde et que la musique est ce qui permet de transformer ce qui leur arrive du monde. C’est peut-être caractéristique du free jazz dont est issu Marc Démereau, l’impro totale que pratique Laurent Avizou avec notamment le trio Amor Fati. On avait moins croisé Thomas Fiancette mais il travaille avec Marc depuis 2003. Il est passé par la technique comme éclairagiste. Mais surtout, entre le travail au service du théâtre et de la chanson (il a notamment travaillé avec Loïc Lantoine), il a l’habitude de travailler avec du texte. C’est un espace de liberté puisque, étant musicien dans la chanson, on ne le cataloguait pas. On ne lui demandait pas s’il jouait jazz ou autre et, de fait, il y a gagné en liberté.
La liberté ? C’est sûrement cela, leur dénominateur commun. Car à aucun des quatre, on ne dicte ni ce qu’ils font, ni ce qu’ils sont. Pas même lorsqu’on leur dit qu’ils sont militants...


