Scènes

Flûtiste, guitariste post-punk, fou soufflant…

29 avril au Point Ephémère : Moniomania invite Marc Ducret et Cécile Daroux


Christophe Monniot et son compère Emile Spanyi, noyau dur de Moniomania, aidés du batteur François Verly, se sont entourés de deux personnalités contrastées, Marc Ducret et la grande flûtiste classique Cécile Daroux, pour un concert parfois fulgurant, mais finalement décevant.

Soirée d’été en avril, le long du canal Saint-Martin. Au bout d’une rampe de pavés disjoints, une terrasse, des bocks qui tintent, des conversations nonchalantes. On s’assoit au bord de l’eau et on contemple ce parallélépipède de briques rouges, les anciens docks de Paris. Entre les tags on aperçoit deux portes de métal, entrebâillées par de furtives silhouettes, le temps de capter l’éclat des spots sur les cymbales…

Un grand type se présente, calot orange sur crâne rasé, sportif, rigolard : Marc Ducret ! Une jeune femme lui ouvre, vraie créature de Renoir, longue chevelure, créoles, tenue simple, allure bcbg. Nous saurons bientôt qu’il s’agit de Cécile Daroux, une star de la flûte que les amateurs de classique et de musique contemporaine connaissent mieux que nous. Deux Leffe plus tard, arrivent les trois compères qui complètent la Moniomania du jour ! Pâle, traînant les pieds, un peu tendu, Christophe Monniot. Emile Spanyi, jovial, dynamique, François Verly, volontaire.

Parce que Moniomania, c’est ça, en fait : deux potes, Monniot et Spanyi, des amis qui vont, qui viennent, des rencontres d’un soir, d’un disque. Plus quelques rares concerts pour essayer de perpétuer le feu des débuts en 2001. C’est en souvenir de cette incandescence que nous sommes là, pour nous brûler à grands coups d’inouï.

Nous prenons place dans ce sombre cube de béton, d’habitude occupé par les fans de l’électro, de « l’indus », les aficionados des dance floors. Nous sommes debout. La salle n’est pas tout à fait pleine quand la guitare saturée de Ducret ouvre les hostilités. Spanyi, debout derrière un mur de claviers, déroule ses nappes de sons, sous l’œil attentif de François Verly que ses petites lunettes de notaire posées au bout du nez n’empêchent pas de groover gravement.


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Christophe Monniot © Patrick Audoux/Vues sur Scènes

On sent que Monniot n’est pas tranquille. Pendant le concert, on verra un peu de fébrilité dans son comportement, la voix peu assurée pour présenter morceaux et musiciens, les partitions qui se mélangent entre des doigts qui tremblent. Et puis de temps en temps, il devient fou : il s’empare de son alto et se jette dans un solo, le corps agité comme un roseau pensant dans une tempête d’idées. Il saisit un micro et le jette dans son saxophone. Son corps à corps avec l’instrument est presque obscène.

La flûtiste contemple la scène avec une hauteur amusée, qui dissimule probablement une pointe d’envie. Son truc, à Cécile Daroux, c’est les duos avec Ducret. Il faut dire qu’il est beau le Marc, avec son look de post punk, le tee-shirt où une pub Coca s’enroule sur l’épaule, le pantalon délavé, zébré d’une multitude de fermetures-Eclair ! Et un duo entre cette bête de scène de Ducret, à la guitare toujours ravagée mais moins ravageuse que d’habitude et la très convenable Cécile, ça donne quand même un des très bons moments du concert.

On entendit des pièces tirées du premier disque de Moniomania Princesse Fragile, comme « Twist » et d’autres qui figureront sur un disque à paraître en septembre, notamment un triptyque où il est question d’un taureau ailé, de l’être, du devenir… Il y eut une composition de Ducret, hoquetante, cahotante, peu convaincante. Dans l’ensemble cette musique est toujours très raffinée, tant dans ses métriques que dans la recherche de couleurs originales. Peut-être s’accommode-t-elle mieux des écoutes successives que permet le disque que de l’instantanéité du concert ?

De toutes ces choses - Monniot au baryton, au soprano, à l’alto et même au synthé, les ambiances de Spanyi dont les claviers assurent aussi la basse, la furia de Verly alternant batterie, tablas et percussions électroniques, les interventions rares et concises mais toujours très belles de Cécile Daroux, et Ducret un peu isolé, un peu plaqué sur cet ensemble qui ne lui convient pas - il me reste quelques fulgurances. Mais il me reste aussi le souvenir d’une salle qui s’est éclaircie au fil des morceaux. Les artistes ne furent pas rappelés.

Sans doute l’aspect décousu de ce concert, le manque d’homogénéité, de complicité entre les musiciens a-t-il découragé les audacieux qui avaient remonté le quai de Valmy. Et puis la frustration : on aurait tant aimé que Christophe Monniot nous gratifiât de ces moments de folie furieuse qui sont sa marque et pour lesquels, inlassablement, nous continuerons à le suivre, en espérant aussi qu’il donne une forme plus stable, plus cohérente, à son groupe et à son projet.