Scènes

Label bleu : 20 ans… et toutes ses anches

Mardi 25 avril 2006 à la Cigale


Label bleu, créé en 1986 par l’ingénieur du son Michel Orier, fêtait en grande pompe ses vingt ans à la Cigale (Paris). C’est l’occasion de rendre compte du chemin parcouru depuis les premiers enregistrements de Daniel Goyone, de Marc Ducret ou de l’ONJ, et de découvrir de nouvelles orientations esthétiques et stylistiques, représentées notamment par Rémi Sciuto et Piers Faccini.

Pour revenir sur cette agréable soirée, un peu courte et hélas dépourvue de rappel, rien de tel qu’une déambulation libre parmi quelques visages, instruments et… lapins.

"Pour tout bagage on a vingt ans […]
Pour tout bagage on a sa gueul’…" [1]


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Rémi Sciuto et le (la ?) mystérieux(se) lapin(e)
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Rémi Sciuto, héros de la soirée, a un peu plus de vingt ans, un passage CNSM, un premier prix de Soliste au Concours de La Défense 2000 et une bien belle gueule. C’est encore un jeune premier (de la classe) dans l’allure, et la timidité affleure à chacune de ses interventions orales, parcourues d’histoires de poneys ou de poulets - et parfois interrompues par des lapins géants… pour de vrai ! On l’aime d’emblée.


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Rémi Sciuto
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Point de réserve en revanche dans sa maîtrise des anches ; baryton, alto, clarinette sont utilisés avec une égale passion. Bien bel organe également, avec une voix gutturale ou montant dans les aigus qui évoque parfois John Wetton [2].


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Boris Boublil
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Sciuto ouvre donc la soirée avec son Wildmimi Antigroove Syndicate, composé par ailleurs du clavier Boris Boublil et du batteur Antonin Leymarie. Une musique généreuse, où se mélent éléments folkloriques mais aussi « psyché-jazz-rock-prog » (copyright Rock & Folk), une musique au groove rural particulièrement communicatif. Mais une musique exigeante pour les interprètes, semble nous dire Boris Boublil…


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Le Sacre du Tympan
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Le Sacre du Tympan s’installe ensuite dans une somptueuse « Grande Ouverture », thème épique assiégé par quelques ruades funky.


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Fred Pallem
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Fred Pallem, grand instigateur du Sacre, endosse également le costume de présentateur de la soirée. Avec un peu d’imagination, on note une certaine ressemblance avec Frédéric Beigbeder. Et cela s’arrête là, le succès du Sacre reposant encore, pour le moment, sur la sincérité et le talent…


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Julien Lourau
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Julien Lourau, soliste sur le russmeyerien « Motorpsycho Blues », marque plus par sa splendide toison que par son solo, pas complètement investi même si son approche de l’instrument reste inimitable. Sciuto lui volerait presque la vedette en recueillant du rab’ d’applaudissements sur « Sexy Sax » (sur le dernier album Le retour).


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Bojan Z
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Bojan Z ne fait pas oublier les exentricités vocales de Médéric Collignon sur « Une de perdue, une de perdue. » Comme Lourau, son compère de longue date chez Label Bleu, on ne le sent pas forcément à son avantage sur des morceaux au caractère bien trempé.


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Marcel Kanche
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Marcel Kanche sort le concert des rails jazzistiques, sans que cette flânerie soit incongrue ou artificielle. Tel un Bashung aux cheveux blancs auréolés d’encore plus de mystère, tel un John Greaves français qu’une timidité soudaine aurait pétrifié, Kanche offre deux chansons magnifiques de simplicité et de sourdes noirceurs. Lorsqu’il pousse sa voix, même hors de la justesse, son cri devient un coup de poing ferréen, une marque indélébile de révolte.


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Piers Faccini
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Piers Faccini, archétype du beau songwriter - visage d’ange, voix d’ange à la Jeff Buckley mais teintée de rocaille. Ses arpèges de guitare font par moment penser à une harpe ; l’ensemble de sa prestation ressemble d’ailleurs à la vibration pure d’une corde tendue…


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Las Ondas Marteles
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

On connaissait Sarah Murcia pour sa présence et son groove sautillants chez Magic Malik. On la découvre au sein des Ondas Marteles de Sébastien et Nicolas Martel ; un trio assez indescriptible, une musique d’influence cubaine sonnant parfois country, peut-être un peu déroutant dans sa forme.


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Frédéric Gastard
© Patrick Audoux/Vues sur Scènes

Le Sacre revient sur scène, et l’on peut admirer les sonorités de didjeridoo que Frédéric Gastard tire de son mastodonte de saxophone basse, un instrument impressionnant de puissance et de lyrisme.

Après le bref passage d’Eric Legnini (qu’il serait exagéré de taxer de lénifiant pour le seul jeu de mots), le spectacle s’achève sur « Splendeur et Mort », où on retrouve Lourau et quelques autres invités pour un finale un peu convenu.

Faut-il maudire le voisinage, la maréchaussée ou les musiciens pour l’absence totale de rappel ? Il est regrettable en tout cas qu’une soirée parée d’un tel casting s’achève à 22h45… Mais c’est bien connu, n’éveillez pas le bourgeois qui dort.

"J’ai cent ans et j’suis bien content […]
J’ai plus d’amour, plus d’plaisir" [3]

par Julien Lefèvre // Publié le 22 mai 2006

[1Léo Ferré

[2King Crimson, UK

[3Renaud Séchan