Chronique

Lars Danielsson

Liberetto

Lars Danielsson, cb ; Tigran Hamasyan, p ; Magnus Öström, dr ; Arve Henrikssen ; John Paricelli, g.

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Vous aurez beau chercher dans un lexique de termes musicaux italiens, vous ne trouverez pas « Liberetto ». Et pour cause : le mot n’existe pas. Le contrebassiste suédois Lars Danielsson l’a inventé pour exprimer son hommage à la musique de chambre et exprimer simultanément la liberté d’esprit qui a entouré la naissance de son dernier disque en date, à quoi s’ajoute l’osmose avec sa nouvelle âme-sœur, le pianiste arménien Tigran Hamasyan.

Réunissant le guitariste John Paricelli, vieille connaissance du temps de Tarentella), Magnus Öström (ex-batteur d’E.S.T.), et le trompettiste norvégien Arve Henrikssen, Liberetto est résolument à classer dans la catégorie jazz « de chambre », avec peu d’improvisations mais quelques jolies ballades et emprunts au folklore arménien. C’est une splendide réussite, unanimement saluée comme telle. Et comment résister, en effet, à l’envoûtante simplicité mélodique du morceau-titre ? Danielsson y fait mouche grâce à un ostinato (on pense au « Remembering » d’Avishai Cohen sur l’album At Home) : une note de tierce répétée en triolets vous prend par l’oreille et vous emmène vers sa tonique en vous appogiaturant au passage… C’est du mineur… C’est simple, ça balance, c’est beau… c’est « Liberetto ». Pas besoin d’en faire davantage… En quatre mesures tout est dit, et surgit l’évidence de la rencontre avec Tigran (elle a eu lieu lors d’un concert, une semaine à peine avant l’enregistrement !)

Sur « Yerevan », introduction planante, ou sur « Day One », entre autres, la trompette d’Henrikssen distille une atmosphère propice à la transe hypnotique par des glissandi sensuels imitant les mélismes de la flûte indienne. Sur « Hymnen », c’est avec des allures de ney ou de trompette quarts de ton à la Ibrahim Maalouf qu’elle met en valeur un choral mélancolique évoquant immanquablement Bach, où les incursions du piano viennent à peine chatouiller un classicisme harmonique contenu. La douceur du violoncelle et de la contrebasse à l’archet, que Lars Danielsson privilégie dans « Svensk Lat », et une mélopée arménienne, « Hov Arek Sarer Djan », chantée par Tigran sur une harmonisation dans le style des Gymnopédies de Satie, contrastent avec les ambiances enlevées d’« Orange Market ». La subtile guitare de John Paricelli, elle, s’unit au piano en acoustique (« Driven to daylight ») et sonne franchement pop dans « Party on the planet ».

Avec Liberetto, le rêve de Danielsson - collaborer avec Magnus Öström - est enfin devenu réalité ; il en profite pour rendre hommage à Esbjörn Svensson, pianiste prématurément disparu d’E.S.T. C’est « Svensk Lat », sur lequel l’élégant toucher de balais d’Öström pose un matelas discret mais efficace sous l’harmonie de l’ensemble.

Quant à Hamasyan, il faut croire que son jeu de feu extrêmement séduisant a fait fondre la glace suédoise - attirance des contraires… Alternant avec bonheur références nordiques et arméniennes, Danielsson et Tigran font en sorte que les amateurs de l’un et l’autre y trouvent leur compte. « Liberetto », pour les amateurs de jazz classique et raffiné, à découvrir a piacere