Scènes

Le Onztet de Stéphane Guillaume

La formation peu banale rassemblée par le saxophoniste à Lyon a fait mouche. Vite, un disque.


Morceau de choix de la résidence de Stéphane Guillaume à l’amphi-Jazz de l’opéra de Lyon. Un concert doublé, rassemblant son quartet et une série étonnante de cuivres mobilisés sur des standards + compos personnelles.

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Stéphane Guillaume © M. Laborde/Vues sur Scènes

Deux concerts allègres, menés de belle manière par le maître hebdomadaire des lieux, saxophoniste et flûtiste à longueurs variables.

En fait, au-delà de ce qu’on pouvait attendre de ce Brass Project en création [1] (le talent de chacun pour ce qui est de jouer ensemble ou de venir à l’avant-scène métamorphoser les mesures que les autres lui accordent), ce fut bien, en effet, l’acte créatif proprement dit.

Sur des compositions ou des thèmes dépareillés, l’ensemble colle à la perfection, défriche des alliances musicales rares. Ainsi cette immixtion des cors de François Bonhomme et Eric Karcher dans le discours, venant soutenir et colorer à leur façon les habituels saxes, trompette et autres trombones. Il en ressort, sur un thème de Zawinul, une mélodie séduisante et complexe. C’est d’ailleurs l’un des attraits de ce Brass Project que de mêler, même et surtout sur des thèmes passe-partout, des alliances instrumentales peu usitées - clarinette basse et bugle dominant trompettes, trombones et, insidieuse, une trompette bouchée qui finit par faire oublier tous les autres cuivres. Ou encore - et c’était une première pour Mister Denis Leloup - des incursions à une trompette basse - dont il n’abuse pas, tout de même.

Hommage à quelques grands musiciens, hommage aussi à plus populaire : en empruntant à Bourvil sa « Ballade irlandaise » Stéphane Guillaume ne fait pas seulement la démonstration qu’il est un sacré instrumentiste, complexe et à l’aise à la fois, notamment dans les digressions, il montre aussi tout le parti qu’on peut tirer de « nos standards à nous ». En clin d’œil peut-être, il ne s’écarte pas trop du célèbre thème, administrant ainsi une petite leçon de « standard qui s’ignorait ». C’est séduisant en diable.

On pourrait parler des heures de ces deux petits sets, presque trop courts, des multiples surprises que réservent ces musiciens assemblés, parfois trop appliqués, presque sages. Dictature de la partition ? On en oublierait la présence constante et incessamment variable d’Antoine Banville aux drums ou celle de Frédéric Favarel, qui complète l’édifice à la guitare, ou bien entendu celle, profonde et complète, de Marc Buronfosse à la contrebasse. On en oublie, dont Pierre Drevet, étincelant.


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Antoine Banville, Marc Buronfosse, Stéphane Guillaume, Frédéric Favarel © M. Laborde/Vues sur Scènes

Sans doute ce Onztet n’a-t-il pas fini de mûrir : même si l’ensemble ne faillit jamais, il est encore en quête d’une fusion plus intime et totale entre la base (les excellentes guitare/contrebasse/batterie) et les cuivres. Le trait frappe d’autant plus que sur plusieurs morceaux, au contraire, le collectif marche à plein. « Peinture fraîche », souriait d’ailleurs le leader après un petit thème consacrée à sa fille. En tout cas, prière de s’armer de patience. Les deux concerts de l’Amphi devaient déboucher sur un disque. Renseignements pris, ce sera pour un peu plus tard…