Scènes

Le Trio d’en bas

Le « Trio d’en bas » qui a obtenu le prix du concours Jazz Migration 2010 et enregistre son premier disque, invente une musique sans frontières qui s’ancre pourtant dans la tradition, de Parker au free jazz, tout en créant de nouveaux et réjouissants univers.


Le « Trio d’en bas » qui a obtenu le prix du concours Jazz Migration 2010 et enregistre son premier disque, invente une musique sans frontières qui s’ancre pourtant dans la tradition, de Parker au free jazz, tout en créant de nouveaux et réjouissants univers.

Il y a parfois d’heureuses surprises au détour du parcours noctambule et plus ou moins hasardeux de l’amateur de jazz. Le Trio d’en bas en sur la scène du Médiator à Perpignan, à l’invitation du festival Jazzèbre est de ces moments réjouissants que vous n’attendez pas forcément et qui, finalement, vous emportent et transportent pour longtemps. Parce que vous avez, sans y être préparé le moins du monde, découvert non seulement un nouveau groupe, mais aussi une nouvelle musique.


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Le Trio d’en bas © H. Collon/Objectif Jazz

Arnaud Rouanet (saxophones, clarinettes et percussions de toutes sortes), Samuel Bourille (claviers) et Yoann Scheidt (batterie) vous jettent à la figure et aux oreilles des notes, des images, des mondes non seulement inhabituels, mais aussi inouïs. C’est par des moyens insolites, voire incohérents (dont une lampe de chevet allumée projetée sans ménagement sur le sol…) qu’ils mettent en scène et en sons leurs univers déglingués. Tout cela pourrait être simplement « foutraque » si ces trois jeunes musiciens ne connaissaient pas aussi bien leurs classiques, de Sonny Rollins, à Archie Shepp en passant notamment par Gato Barbieri, Duke, Charlie Parker, Dolphy ou Coltrane. On pourrait penser que tout cela fait, ensemble, plus ou moins bon ménage. Mais voilà, le Trio d’en bas y va par quatre chemins, ou plutôt par tous les chemins possibles et imaginables – en tous cas par ces trois musiciens capables de tout ; on prend plaisir à les suivre, mais il faut, autant qu’eux, être un peu « casse-cou »…


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Arnaud Rouanet © H. Collon/Objectif Jazz

Le Trio d’en bas sait être inventif, repousser les limites, les reconstruire (si tant est qu’il y ait ici quelque frontière qui tienne plus de trois ou quatre mesures), tout en faisant vivre le swing, sans pour autant se perdre dans l’abstraction, le concept. On pourrait, pour décrire cette musique, se référer à Frank Zappa ou à la Compagnie Lubat. Mais on serait encore loin du compte. Difficile de définir une musique en train de s’inventer…

Sur leur site, fort complet, on peut lire : « Dans un tel contexte d’insécurité sonore flagrante, d’absence de repères et de surdité croissante […] ne restons pas sans voix face à de telles menaces. » Histoire d’expliciter le projet, les musiciens ajoutent - et affirment joliment sur scène et dans la vie, avec humour et intelligence, brio et jubilation : « Adeptes du collage, de la superposition et du décalage des différentes formes musicales, c’est […] dans l’absence de carcans que l’on trouvera le ciment de ce qui fait la cohésion de l’ensemble du travail de la compagnie. »

Objectif atteint, sans aucun doute. Le « Trio d’en bas » se fait peu à peu une réputation. Il a par exemple été lauréat du concours Jazz Migration 2010 (prix décerné par l’AFIJMA et la FIJ). Il est en train d’enregistrer son premier disque entre Perpignan et Carcassonne. Souhaitons-lui le succès qu’il mérite : venu « d’en bas » il nous tire vers « le haut. »