Le trio Aérophone : fin d’après-midi en bord de Loire

Avec une grande clarté dans ses intentions qu’une vingtaine d’années d’expérience partagée permet d’exécuter avec facilité, le trio Aérophone, qui réunit le trompettiste Yoann Loustalot, le bassiste Blaise Chevalier et le batteur Fred Pasqua, sait emporter l’adhésion de son public. Du public du Thoureil en tous les cas, charmant village ligérien où il s’est produit ce dimanche 23 août dans un jardin qui offrait une vue imprenable sur le fleuve.

Les temps sont durs. Particulièrement pour les petites associations qui sont le maillage fort et dynamique de l’Hexagone au moment où les financements publics se réduisent comme peau de chagrin. Les temps sont d’autant plus durs en Pays de la Loire où la présidente de région Christelle Morançais, bras droit d’Édouard Philippe, dans un pari arrogant et irréfléchi, a cru bon de réduire de manière drastique le budget alloué à la culture.

Il faut désormais chercher de l’argent un peu partout là où il est possible d’en trouver, voire mutualiser les efforts pour tenter de faire perdurer une activité que maintiennent avec cœur des gens avant tout passionnés. Nous voilà au Thoureil, en bord de Loire, pour les Jardins de Musique. L’association La Note Bleue, active depuis une dizaine d’années à Mazé-Millon, se lie avec l’association Jazz en Loire, installée sur la rive d’en face : c’est dire que, nécessité faisant loi, Clochemerle est bien fini. Proximité esthétique et même ancienneté, les voilà unies pour proposer un concert dans un jardin qu’une autochtone met à disposition.

Yoann Loustalot © Franck Bigotte

Fatiguée par cinq canicules, la pelouse est jaune et le sol jonché prématurément de feuilles mortes ; les arbres prodiguent leur ombre et la scène fait face à une belle assistance de plus de trois cents personnes. Le trio Aérophone sait immédiatement trouver la bonne mesure dans un nouveau répertoire équilibré entre parties mélodiques, groove et légers dérapages contrôlés.

c’est un rapport direct à la musique, aux musiciens et au public qui se joue là

La basse pose souvent les fondations d’une pulsation forte. Blaise Chevalier se confronte à son instrument, il le saisit avec conviction, allant chercher dans le bois du coffre et le métal des cordes un son épais qui ronfle. Il est à l’écoute et trouve toujours la variation qui répond à ses partenaires ou complète, à défaut d’instruments harmoniques, le chant de la trompette. Également au bugle, Yoann Loustalot développe des thèmes accrocheurs qui se déposent dans l’oreille avec facilité sans être pour autant totalement évidents. On apprécie cet équilibre entre sophistication et simplicité.

Ciselé par la batterie discrète mais nécessaire, au timbre clair, de Fred Pasqua, le trio avance avec souplesse sans s’égarer dans des improvisations interminables. Concis au niveau de la forme, maîtrisée en tout cas, la variété des climats et la complémentarité des instrumentistes évitent le piège aride des formations à trois. Il se passe toujours quelque chose de chantant, particulièrement mis en exergue par de brefs instants plus dissonants. Bref, on ne s’ennuie jamais et le concert a le goût des après-midi languides de fin d’été. Savoureux comme les pâtisseries maison qu’il est possible de déguster ensuite ou du verre que l’on peut boire.

Quoique simple, l’organisation de ces petits événements n’est en rien évidente. Mais, loin des grosses sonos et des scènes immenses (qui ont d’autres qualités), c’est un rapport direct à la musique, aux musiciens et au public qui se joue là. Il faut que ce jeu continue d’être joué.