Scènes

Leçon de mâlâ au New Morning

Retour sur la release party de Monsieur Mâlâ au New Morning, à l’occasion de la sortie en mars dernier de leur album éponyme chez Art District Record.


Monsieur Mâla © Thibault Bunoust

C’est toujours avec une pointe d’excitation qu’on découvre sur scène un groupe que l’on suit depuis ses débuts. D’autant plus lorsqu’il s’agit de Monsieur Mâlâ. Un quintet composé d’une fine fleur de musiciens, dont la rencontre s’est faite sur scène entre bœufs et concerts aux formations improvisées au Baiser Salé. Cette fois-ci c’est dans un New Morning plein à craquer et prêt à danser qu’on les retrouve pour célébrer la sortie de leur album.

Monsieur Mâlâ © Marianne Bp

L’imprévisibilité du paysage sonore que dessine chaque morceau donne à cet album un relief et une profondeur presque spirituelle. « Storyteller », premier titre de l’album, nous révèle l’intention de cette machine à la mécanique bien huilée : connecter les oreilles et le cœur. Tels des griots, ils content des histoires de vie ou de culture parfois inspirées d’expériences ou d’événement personnels, partageant ainsi une part de leur intimité. Comme avec, par exemple, le morceau « Ai de mim » composé par Robin Antunes (violon, mandoline) que Swaéli Mbappé (basse) présente comme le cerveau du groupe. Se traduisant en français « pauvre de moi », il a composé cette chanson douce pour sa grand-mère portugaise. Lors de leurs concerts rue des petites écuries, c’est Flor Mata qui a brillamment remplacé le chanteur Cap-Verdien Eu.Clides. Ce soir-là, Anna Kova les a également rejoints sur scène pour le morceau « All My Life ». Un titre soul rap saturé à la basse slappante et aux percussions trap, le tout enrobé par une voix au grain mielleux qui chante et rappe sa résilience.

Monsieur Mâlâ © Marianne Bp

Entre collaboration et célébration, sacré et festif - comme le suggère leur nom - Monsieur Mâlâ parvient à créer une ambiance qui témoigne de la singularité de leur identité musicale.
La set-list est finement composée, permettant de découvrir leurs différentes facettes. Mais également de redécouvrir d’anciens EP tel que « Da Vedere » et « Misemo », deux titres aux mélodies entêtante que le public chante à tue-tête comme pour saluer et remercier des musiciens au sourire radieux. À gauche de la scène, presque de profil au public, Yoann Danier (batterie) fait preuve d’une écoute et d’une énergie saisissante. Accompagné d’un bassiste au groove chaleureux et au solo qui vous fait froncer le nez de plaisir, le batteur accompagne avec discrétion et fluidité les déviations et fluctuations des lignes mélodiques de l’alliance formée par Nicholas Vella (piano) et Balthazar Naturel (saxophone). Deux musiciens qui amènent l’imprévisibilité et la tension en prenant parfois leur envol lors de solos explosifs et puissants pour le saxophoniste et pleins de modulations ondoyantes et très élégantes pour la claviériste en particulier sur « Carnival ». Et comment oublier ce violon avec son je ne sais quoi qui apporte un cachet presque folklorique et intemporel à leur musique.

L’aisance et la complicité scénique des musiciens est saisissante. Les morceaux sont interprétés de façon organique. Malgré la richesse de la structure musicale des compositions, la fluidité avec laquelle les phrases musicales s’enchaînent et les solos sont accompagnés témoigne d’une grande expérience scénique qui se ressent également dans leur aisance à communiquer avec le public. Le concert se termine par une farandole improvisée des artistes sous les applaudissements d’un public séduit et débordant d’enthousiasme pour ces cinq musiciens qui ont réussi à amener, le temps d’une soirée, le soleil à Paris.