Scènes

Looking For Parker au Manu Jazz Club (Nancy)

Belle conclusion pour la première saison du Manu Jazz Club : Géraldine Laurent, Manu Codjia et Christophe Marguet ont célébré la musique de Bird avec le répertoire de « Looking For Parker. »


Septième et dernier épisode de la saison 1 du Manu Jazz Club. Une fois encore, la salle bien remplie va se régaler des envolées lyriques d’un trio en pleine forme. Géraldine Laurent (saxophone alto), Manu Codjia (guitare) et Christophe Marguet (batterie) mettent en scène leur célébration de la musique de Charlie Parker. « Looking For Parker », ou comment faire vivre encore et toujours la musique du météorique Bird.

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Géraldine Laurent © Jacky Joannès

Charlie Parker fait partie de ces musiciens extraterrestres dont le bref passage en ce bas monde (il est mort en 1955, à moins de 35 ans) aura écrit une page essentielle du jazz, celle du be-bop. En 2014, l’influence du saxophoniste continue à s’exerce chez bon nombre de ses disciples. Et ce n’est pas Géraldine Laurent qui dira le contraire, elle qui a décidé de partir à sa recherche aux côtés du guitariste Manu Codjia et du batteur Christophe Marguet. Deux musiciens explorateurs qui se connaissent de longue date - ils ont participé à l’ONJ de Paolo Damiani et au Strada d’Henri Texier - et qui ont exprimé le désir de rejoindre celle qui venait de rendre hommage à un autre altiste, Gigi Gryce, avec un album remarqué, Around Gigi. Des répétitions, un premier concert au Sunset en avril 2011 puis, un peu plus tard, un magnifique album élu à juste titre par Citizen Jazz en 2013.

Looking For Parker : une union sacrée sous forme de trio atypique dont le lyrisme n’aura échappé à personne : la volubilité de Géraldine Laurent vient se lover avec un savant mélange de grâce et de puissance dans le phrasé parkérien qui lui va comme un gant. Mais si l’énoncé des thèmes est fidèle aux originaux - tous sont identifiables - jamais elle ne tombe dans le piège de l’imitation. Le trio joue sa musique, développe ses propres climats, à travers le répertoire qui en est la source. Et la fougue de cette grande dame des anches est un moteur grâce auquel ses compagnons peuvent s’épanouir avec sérénité. Manu Codjia élabore un jeu soumis à une double obligation : fournir les lignes d’une basse absente - un vrai défi - tout en rehaussant le tout de ses célèbres couleurs chatoyantes. Il recourt ça et là aux distorsions, mais opte plus souvent pour des nappes qui contribuent à donner à la musique tout le relief nécessaire. Il trouve en Christophe Marguet un complice dont les peaux et les cymbales chantent de véritables mélodies percussives. Le batteur est à lui seul une petite symphonie de baguettes, balais, mailloches et autres colliers de cloches.

Entre thèmes fougueux (« Billie’s Bounce », « Shaw’ Nuff », « Be-Bop »), ballades inspirées par l’amour (« Laura », « Lover Man ») ou enchaînements enchantés (« Day Drums » suivi de « Night In Tunisia »), le trio s’envole très haut. Le second set passe à la vitesse de l’éclair et montre à quel point ces trois musiciens savent sublimer leur art. « Red Cross », joué en rappel, est l’ultime salve des forces conjuguées pour le meilleur, dans une urgence héritée en droite ligne de Charlie Parker : un magnifique concert prend fin. C’est Bird qui doit être content, tout là-haut…

Une conclusion parfaite pour cette première saison ; le Manu Jazz Club peut compter sur un public de fidèles, que les responsables de Nancy Jazz Pulsations aimeraient toutefois élargir aux plus jeunes à travers des actions menées en particulier auprès des lycéens. Rendez-vous pris pour le mois de novembre et le lancement de sa deuxième année. Le programme sera dévoilé à la rentrée.