Portrait

Lorez Alexandria

une grande dame nous a quittés sans faire de bruit.


Alors que la chanteuse américaine Lorez Alexandria vient de décéder, Philippe Méziat attire notre attention sur cette vocaliste mésestimée.

Pas moins de 24 albums, quand même… Dire de la chanteuse de jazz Lorez Alexandria (née Dolorez Turner le 14/08/1929 à Chicago, décédée le 22/05/2001 à Los Angeles) qu’elle est peu connue en France relève du plus cruel euphémisme. Elle y est quasi totalement inconnue, et ses disques n’y sont pas (ou très peu) distribués. Mais après tout, de là à crier au scandale sans avoir un peu examiné les choses… Il faut rappeler en effet que les artistes de la côte ouest, plus encore que ceux de Chicago (Lorez a vécu et travaillé dans les deux endroits) se contentent parfois de la reconnaissance locale, quand elle suffit à leur assurer la vie, et le plaisir du travail bien fait. Du côté de Los Angeles et d’Hollywood, pour les instrumentistes, vient se rajouter aussi l’effet mobilisateur de très nombreuses sessions en studio (cinéma, télévision). Bref, si scandale il y a, il est d’ordre musical, et l’on peut supposer Lorez heureuse en sa vie, et n’en demandant pas davantage…

Il y a quand même cette élection, par Leonard Feather, qui la rangeait parmi les grandes (Ella, Sarah, Dinah, pas Billie évidemment qui est à part), et puis ces deux disques pour « Impulse », et l’on sait que Bob Thiele n’avait pas pour habitude de convoquer n’importe qui en ses studios, et surtout pas les chanteurs et chanteuses : « ils m’ont toujours torturé, torturé les oreilles et les sens. Beaucoup des soi-disants chanteurs – et pratiquement tous les »pop singers« – sont en dehors du coup et usent de styles forcés, genre Betty Boop, ou avec des sourires à la Doris Day. Il y a quelques vocalistes »qui le font« ( »make it« , texte de 1964), et Lorez en est une. Elle chante avec cette qualité de voix un peu sombre, d’arrière-gorge, avec une belle insouciance et une simplicité dans le phrasé qui est rare aujourd’hui. Son interprétation des textes est pleine de sensibilité et d’intelligence, et ne rentre pas dans cette façon de faire des »jazz singers« aujourd’hui, compliquée, maniérée. »

D’un tel jugement, fort contestable dans sa globalité, nous ne retiendrons que ce qui nous intéresse aujourd’hui en matière de défense et illustration d’une chanteuse qui avait un beau talent, en effet. Ecoutons-là, pour ne prendre qu’un seul exemple au début de sa carrière discographique, dans « I »m Gonna Sit Right Down And Write Myself A Letter« (King 657) : la précision de la mise en place, la subtilité du phrasé, la diction parfaite, le contrôle vocal, la fraicheur du timbre, sautent aux oreilles des moins avertis. Lorez Alexandria possède cette sorte de droiture qu’on aime chez Ella, cette assurance fière et culottée, mais elle tend aussi par le côté »caverneux« du fond de gorge à se rapprocher de Sarah Vaughan. Quelques années plus tard, retenons de l’album »The Great« (Impulse A 62) le très beau »I’ve Grown Accustomed To His Face" : en tempo lent (Victor Feldman est au piano et au vibraphone), la voix est simplement sublime en ses nuances, le phrasé détaché, les mots semblent avoir été pensés avant d’être énoncés, et l’arrangement n’est pas mal non plus, même si la coda est un peu emphatique. Qu’est-ce qui a retenu, en ces années-là, les amateurs de se tourner vers cette vocaliste à la technique parfaite et à l’âme sensible ? Sans doute des problèmes de distribution, et puis en 1964 on avait d’autres trains à suivre… Anita O’Day n’allait pas tarder à se faire siffler. Ce fut le pire moment pour des artistes aussi professionnels que Lorez Alexandria. Et pourtant, elle était noire…

Etablie à Los Angeles, elle va continuer à enregistrer avec constance pour des labels de la côte ouest, jusqu’à ces toutes dernières années. Il y a même cette session japonaise, avec Tommy Flanagan, George Mraz et Al Foster, que nous n’avons pu encore nous procurer. Les disques en hommage à Johnny Mercer fon entendre une vocaliste qui n’a rien perdu de son allant, de sa santé vocale, et de sa discrète sensibilité. Découvrez-y aussi le saxophoniste (ténor et baryton) Herman Riley.

So long, madame, et merci.

Discographie :

  • This is Lorez Alexandria : Lorez Alexandria (vcl) acc by Ronald Wilson (fl, oboe-1) King Fleming (p, arr) Wilbur Wynne (g) Russell Williams (b) Vernell Fournier (d) Audrey Jones (bgo-2) unknown vcl group or band members (vcl-3). King LP542. Chicago, Illinois, February 25, 1957.
  • Lorez Alexandria sings Pres : Lorez Alexandria (vcl) acc by Paul Serrano (tp) Cy Touff (b-tp) Charles Stegney (vib) King Fleming (p) Eldee Young (b) Vernell Fournier (d). King LP565, KCD 565. Chicago, Illinois, November 6, 1957.

Earl May (b) replaces Young. Chicago, Illinois, November 13, 1957.

  • Lorez Alexandria (vcl) with unknown acc. King LP657, KCD 657. LP676. Note : King LP657 titled « The band swings » and King LP676 titled « Lorez ». Chicago, Illinois, 1959. Chicago, Illinois, November, 1960.
  • Early in the morning : Lorez Alexandria (vcl) acc by Joe Newman (tp) Al Grey (tb) Frank Wess (ts, fl) Frank Foster (ts), Ramsey Lewis (p) Johnny Gray, Freddy Green (g) Eldee Young (b) Red Holt (d). Argo LP663.


Note : Ramsey Lewis (p) Johnny Gray (g) Eldee Young (b) Red Holt (d) on one title . Chicago, Illinois, March 15-17, 1960.

  • Sing no sad songs : Lorez Alexandria (vcl) acc by strings and rhythm led by Riley Hampton. Argo LP682. Chicago, Illinois, 1960. Chicago, Illinois, 1961.
  • Deep roots : Lorez Alexandria (vcl) acc by Howard McGhee (tp) John Young (p) George Eskridge (g) Israel Crosby (b) Vernell Fournier (d). Argo LP694. Chicago, Illinois, February 13-14, 1962
  • Lorez Alexandria : (vcl) acc by Ronald Wilson (ts, fl) John Young (p) George Eskridge (g) Jim Garrison (b) Phil Thomas (d). Argo LP720.Chicago, Illinois, January 2-3, 1963.
  • The great Lorez Alexandria : Lorez Alexandria (vcl) acc by big orchestra incl. Bud Shank (fl) Vic Feldman (p, vib) AlMcKibbon (b) Jimmy Cobb (d) Billy Marx (arr). Lorez Alexandria (vcl) acc by Wynton Kelly (p) Al McKibbon (b) Jimmy Cobb (d). Impulse A-62.. More of the great : Lorez Alexandria (vcl) acc by Paul Horn (as-1) Wynton Kelly (p) Ray Crawford (g-1) Al McKibbon (b), Jimmy Cobb (d) + string section. Lorez Alexandria (vcl) acc by Toots Camarata Orchestra : no details. Impulse A-76. Los Angeles, California, 1964.
  • Talk about Cozy : Lorez Alexandria (vcl) acc by unknown quintet. Hindsight HCD605. Broadcast, Los Angeles , California, & Russian River Jazzfest 1968.
  • Lorez Alexandria (vcl) acc by unknown tp, tb, sax, p, g, b, d and cga, Jack Wilson, Monk Higgins (arr). (unissued) Blue Note .Los Angeles, California, August 10, 1971.
  • Lorez Alexandria (vcl) acc by Teddy Edwards (ts) unknown p, g, b and d, Jack Wilson, Monk Higgins (arr). Blue Note. Los Angeles, California, September 15, 1971.
  • Didn’t we : Lorez Alexandria (vcl) acc by orchestra, no details except Ronnell Bright, Teddy Edwards, Jack Scott (arr). PZAZZ LP320. Hollywood, California, c. 1971.
  • Lorez Alexandria (vcl) with unknown acc. except for Jack Scott (arr) PZAZZ LP324. Los Angeles, California, c. 1971.
  • From Broadway to Hollywood : Lorez Alexandria (vcl.) acc by Blue Mitchell, Snooky Young, Buddy Childers (tp) Frank Rosolino (tb) Marshall Royal, Ernie Watts, Don Menza (reeds, fl) Herman Riley (reeds-3) Art Hillery (p-1, arr, cond) Gildo Mahones (p-2, arr, cond) Arthur Adams (g) Kenny Burrell (g-3) Stanley Gilbert (b) Andy Simpkins (b-3) Jimmy Smith (d). Trio (Jap) PAP3146. Hollywood, California, August 15 & 29, October 21, 1977.
  • How will I remember you ? : Lorez Alexandria (vcl) acc by Charles Owens (fl, oboe) Gildo Mahones (p, el-p) Grant Geisman (g) Allen Jackson (b, el-b) Jimmie Smith (d). Discovery DS-782. Los Angeles, California, January 16 & 23, 1978.
  • A woman knows : Lorez Alexandria (vcl) acc by Charles Owens (ts, sop, fl) Brian Atkinson (vib) Jack Wilson (p) Rick Zunigar (g) Allen Jackson (b) Clarence Johnston (d). Discovery DS800. Los Angeles, California, c. December 19, 1978.
  • The songs of Johnny Mercer : Lorez Alexandria (vcl) acc by the Mike Wofford Quartet : Herman Riley (ts, fl, bar) Mike Wofford (p) Andy Simpkins (b) Carl Burnett (d). Discovery DS826. Trend TRCD538 (CD). Los Angeles, California, December 5, 1980.
  • Harlem Butterfly - Lorez Alexandria sings the songs of Johnny Mercer Vol II- : Lorez Alexandria (vcl) acc by Herman Riley (ts, sop) Gildo Mahones (p) Andy Simpkins (b) Carl Burnett (d). Discovery DS905, DSCD905 (CD). Glendale, California, March 27, 1984.
  • Tangerine - Lorez Alexandria sings the songs of Johnny Mercer- : Lorez Alexandria (vcl) acc by Al Aarons (tp, flhrn) Gildo Mahones (p) John Collins (g) Andy Simpkins (b) Jimmie Smith (d). Trend TRESS, TRCD538 (CD). Glendale, California, November 13, 1984.
  • Dear to my heart : Lorez Alexandria with the Gordon Brisker Band : Lorez Alexandria (vcl) acc by Al Aarons (tp, flhrn) Gordon Brisker (ts) Mike Wofford (keyboards) Doug MacDonald (el-g) John Leitham (b) Sherman Ferguson (d). Lorez Alexandria (vcl) acc by Al Aarons (tp) Herman Riley (ts) Charlie Shoemake (vib) Gildo Mahones (p) Doug MacDonald (el-g) John Leitham (b) Roy McCurdy (d). Trend TR547, TRCD547 (CD). Hollywood, California, March 24, 1987. Hollywood, California, April 14, 1987.
  • My one and only Love : Lorez Alexandria (vcl) acc by Tommy Flanagan (p) George Mraz (b) Al Foster (d). Sony (Jap) 32DP682 (CD). New York, N.Y., September 25-26, 1986.
  • May I come in ? : Lorez Alexandria (vcl) acc by Houston Person (ts) Stan Hope (p) Rodney Jones (g) Ray Drummond (b) Kenny Washington (d) Sammy Figueroa (cga, perc). Muse MCD 5420 (CD).Englewood Cliffs, New Jersey, August 16-17, 1990.
  • I’ll never stop Lovin’ you : Lorez Alexandria (vcl) acc by Herman Riley (ts) Gildo Mahones (p) Grant Geissman (g) Andy Simpkins (b) Sherman Ferguson (d). . Muse MCD 5457. San Francisco, California, March 14, 1992.
  • Star Eyes : Lorez Alexandria (vcl) acc by Houston Person (ts) Stan Hope (p) Bruce Forman (g) Marvin Weiss (b) Michael Carvin (d). Muse MCD 5488. Los Angeles, California, June 6, 1993.