Louis Sclavis
India
Louis Sclavis (cl), Olivier Laisney (tp), Benjamin Moussay (p), Sarah Murcia (b), Christophe Lavergne (d)
Label / Distribution : Yolk Records
Le voyage est l’infatigable moteur de Louis Sclavis. Qu’il s’agisse des déplacements physiques où le conduisent ses concerts (on se souvient du lointain Suite Africaine) ou des voyages intérieurs, ses disques évoquent souvent une terre lointaine. Cette fois, en écho au premier disque Chine, paru en 1987, et trois ans après Les Cadences du monde, l’Inde est la destination et le point de départ d’une musique nomade interprétée en quintet. Accompagnant le clarinettiste depuis dix ans, Benjamin Moussay, Sarah Murcia et Christophe Lavergne accueillent, en effet, le nouveau venu Olivier Laisney.
On retrouve évidemment ici les caractéristiques d’un style familier qui saisit l’oreille avec le naturel de mélodies chantantes posées sur des rythmiques mobiles. Pourtant, derrière cette écriture qui creuse un même sillon, on découvre à chaque écoute un savoir-faire unique. Les compositions sont, en effet, toujours directes, mais leur simplicité renferme des notes intelligemment positionnées qui les rendent personnelles et accrocheuses. Immédiatement emporté dans ce périple parfaitement architecturé et déroulé comme un roman, l’auditeur traverse ainsi une diversité de climats colorés et tempérés (sur disque tout au moins : sur scène, c’est autre chose) moins mélancoliques sans doute que sur les précédents enregistrements de Sclavis.
La trompette mesurée de Laisney vient s’ajouter au boisé de la clarinette par un complément de lumière cuivrée qui ouvre plus large le son collectif. Car le quintet séduit par son unité de jeu et la capacité de chacun·e a être au service de tout en étant parfaitement autonome. Les musiciens intègrent ainsi un discours commun qui se nourrit de leur proposition ; mieux, par des échanges extrêmement fluides (l’association Sclavis/Moussay est en cela particulièrement évidente), ils proposent une musique souple et inventive qui réserve, cerise sur le gâteau, quelques improvisations solistes enlevées et réjouissantes.

