Scènes

Louis Winsberg joue pour Paco porte d’Aix

Louis Winsberg et son groupe Jaleo sont de passage à la Cité de la Musique de Marseille pour y présenter leur dernier opus For Paco.


Photo : Jacky Joannès

Louis Winsberg et Jaleo, c’est une vieille histoire débutée en 2000 avec un premier album paru après dix années passées à découvrir, apprendre et laisser infuser le flamenco dans l’identité musicale du guitariste. Pas vraiment un nom de groupe ni de disque, Jaleo est une manière d’appréhender la musique de Louis Winsberg, mariant le flamenco et ses codes avec le jazz et les musiques du monde.

Après un deuxième volet Le Bal des Suds en 2004, en cet automne 2016, le troisième disque For Paco paraît, hommage à l’immense Paco de Lucia disparu en février 2014, même si l’écriture avait été débutée avant sa mort. Ce soir à la Cité de la Musique, c’est en quintet acoustique que le groupe se produit autour de cet album. Louis Winsberg est entouré d’Alberto Garcia à la guitare flamenca et au chant, Sabrina Romero au cajón, chant et danse, Stéphane Edouard aux percussions et Cédric Baud au saz, mandoline et guitare sitar. Ce quintet est une formation compacte, réduite, dont la musique contraste avec les versions foisonnantes des mêmes compositions enregistrées sur le disque, où figurent de nombreux intervenants, ainsi que des arrangements de cordes.

Contrairement à ce que le titre For Paco laissait présager, le flamenco n’est souvent que suggéré. Certes il y a quelques appuis de palmas, quelques jaleos aussi – ces brefs cris d’encouragement typiques du flamenco, et une technique guitaristique, notamment de main droite, au son si caractéristique. Mais toute la richesse de Jaleo est justement d’avoir parfaitement intégré le langage du flamenco au sein d’une musique plus universelle, aux sonorités allant de l’Inde au Maghreb. En cela, l’admiration de Louis Winsberg pour Paco de Lucia est une évidence, ce dernier ayant lui aussi, au-delà même d’une virtuosité technique hors du commun, extrait le flamenco de son périmètre traditionnel pour le confronter au jazz et à l’improvisation.

Sabrina Romero, par Jacky Joannès

La scène révèle une très forte interaction entre les différents membres du groupe, qui laissent libre cours à leur grande générosité. A deux reprises notamment, on assiste à un duo virtuose d’une incroyable intensité entre Stéphane Edouard et Sabrina Roméro, enchaînant les questions-réponses aux percussions pour l’un et aux zapateados (martèlements de pieds) pour la danseuse. Lors d’un moment plus apaisé, le morceau « Libertad » et son duo de saz (Winsberg / Cédric Baud) mettent en valeur le chant de Sabrina Romero. Un peu plus tard, rare infidélité à la Méditerranée, on passe de l’autre côté de l’Atlantique pour une petite salsa, « Salsita » interprétée là encore en duo entre Louis Winsberg (au spakr) et Cédric Baud (à la mandoline).

Dans For Paco, ce sont donc davantage l’écriture ciselée et les structures rythmiques complexes qui signalent l’inspiration flamenca, plus qu’une sonorité immédiatement identifiable. Winsberg offre tout de même de larges espaces d’improvisation, que ce soit lors de longues introductions, lors de chorus de guitare dans lesquels le jazz reprend parfois le dessus, ou encore, comme évoqué plus haut, lors de riches solos de percussions par Stéphane Edouard.
Après le rappel et alors que le quintet salue, les musiciens se lancent dans une brève improvisation à base de palmas et de konnakol (le chant rythmique de l’Inde), comme un dernier don, mariage épuré des traditions qui pourrait presque à lui seul résumer toute l’approche musicale de Jaleo.