Scènes

LowerB et Youn Sun Nah au Pannonica

Pour l’ouverture de la saison, le Pannonica s’associait à la Bouche d’Air pour accueillir un concert en deux parties dans une salle Paul Fort qui affichait complet.


Deux groupes pour démarrer cette dix-huitième saison de la salle nantaise, deux univers différents, comme pour faire écho au travail de programmation qui a bâti la solide réputation du Pannonica.

Tout d’abord le versant historique avec LowerB, le trio de Bertrand Lauer, saxophoniste soprano exclusif, accompagné des fidèles Mauro Gargano à la contrebasse et Luc Isenmann à la batterie. Autour du répertoire de son dernier album, Between The Night and The Daylight, LowerB ne réinvente ni la forme ni le fond du trio saxophone-contrebasse-batterie mais révèle trois musiciens unis par une belle entente née de nombreuses années passées ensemble. Aux côtés d’un Gargano des grands soirs, qui tantôt introduit tantôt conclut, quand il ne pose pas les fondations, Lauer fait preuve d’une vraie personnalité au soprano, avec une technique irréprochable au service d’un discours à la fois mélodique et rythmiquement riche, qui se permet quelques puissantes embardées free. L’apport d’Isenmann est tout aussi indispensable, surtout dans le cadre d’une évidente recherche sur les rythmes. Un beau trio qui perpétue avec talent une longue tradition.


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Youn Sun Nah © H. Collon/Objectif Jazz

Puis vient le versant hors du temps, hors des modes. Avec Youn Sun Nah, tout commence et tout passe par les mains. La chanteuse coréenne vit sa musique, cisèle les notes, scande ou susurre les mots et caresse les lignes mélodiques des deux mains, qui sont comme un prolongement naturel de sa voix polymorphe. Après une introduction en solo par Ulf Wakenius - une reprise d’une chanson indienne, le duo revisite, transfigure, transcende compositions et reprises – mais ce terme a-t-il vraiment un sens avec Youn Sun Nah ? -, de Nat King Cole, Tom Waits (superbe version de « Jockey Full Of Bourbon »), « My Favorite Things » réinventée comme jamais depuis Coltrane, « Frevo » d’Egberto Gismonti ou encore un « blues coréen », « Kangwondo Arirang ». On trouve aussi dans son univers infiniment personnel une version de « Enter Sandman », la chanson de Metallica, incluse dans le répertoire à la demande de Wakenius pour un résultat magnifique, ou encore « Same Girl », avec pour seul accompagnement une boîte à musique actionnée par une petite manivelle. Cette chanson de Randy Newman est un moment particulièrement magique. Le talent de Youn Sun Nah tient dans sa capacité à s’approprier chaque note, chaque respiration, pour tirer de ces chansons le meilleur d’elles-mêmes en leur offrant une nouvelle vie : corps, âme, vibrations. Enfin, une version d’« Avec le temps » investie par le souffle de Youn Sun Nah ; à vous tirer des larmes, à vous remuer les boyaux.

Quand on vous dit qu’il est ici question de vie ! On ressort de concert comme d’une visite dans un monde unique où l’humour et la grâce côtoient la maîtrise technique, et dont les deux habitants, par leur belle entente, nous offrent une véritable leçon de musicalité. On n’a plus que deux mots en tête : simplicité et enchantement.