Chronique

Lucas Niggli

Alchemia Garden

Lucas Niggli (dms, perc, objets)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Peut-être ne faut-il pas parler de tradition, mais les tambours suisses dans le jazz ont acquis une certaine réputation. De Daniel Humair à Pierre Favre, ils sont inscrits dans l’histoire du jazz européen de diverses manières. Lucas Niggli également, à force de participations remarquées à de nombreux orchestres et une foultitude de projets, notamment ceux de son ami Andreas Schaerer. C’est presque naturellement qu’il accompagne et souligne la narration du chanteur par l’usage d’une batterie telle qu’on l’entend, mais aussi d’objets aux sonorités plus ou moins communes. Davantage percussionniste, il s’inscrit dans une sorte de filiation de Favre, faisant grand cas de chaque mouvement, favorisant la sonorité de tous les crissements, comme dans « Ooze » où le métal frotté offre toute sortes de petites mélodies fugaces, et de fragrances multiples.

Bienvenue dans l’Alchemia Garden de Lucas Niggli. On l’avait entendu questionner l’Afrique, voyager en terres inconnues avec Barry Guy ou Sylvie Courvoisier, le voilà dans son propre jardin secret. Seul, bien sûr, à récolter ses idées semées avec le temps et en faire des bouquets par brassées, comme le fit Pierre Favre, bien sûr, mais aussi le jeune Julian Sartorius qui s’était lancé dans cet exercice tête baissée. Niggli a attendu, à laissé ses recherches délicatement infuser. Il en résulte des morceaux qui frémissent, comme ce magnifique « Flora Glow » où le frottement du métal ressemble à une bille qui court dans un jeu d’équilibre. A l’inverse, on peut également trouver des instants plus frappeurs, à l’instar de « Nelumbo Nero » qui commence comme une fanfare de guingois pour terminer dans une rafale.

Niggli va où le vent le mène. « Villa Caroba » a des allures de danse sud-américaine chaloupée qui joue avec l’écho et le ronflement des tambours. Mais ici ou là le batteur sait apporter des notions plus abstraites ou au contraire des pulsations bien marquées. Parfois les deux en même temps, à l’image de « Welwitschia » et son déferlement de tintements qui s’organise peu à peu comme un torrent et sacrifie parfois à la mélodie quand on sait l’écouter. Lucas Niggli livre chez Intakt Records, qui lui a toujours été fidèle, ce qui est sans doute son disque le plus personnel. On se laisse charmer sans difficulté par la beauté simple de l’alchimie de ce jardin.