Chronique

Manu Codjia

Manu Codjia

Manu Codjia (g), Jérôme Regard (cb), Philippe Garcia (dm), Geoffroy Tamisier (tp), Gueorgui Kornazov (tb)

Label / Distribution : Bee Jazz

Manu Codjia est un musicien très demandé par ses pairs, ce qui peut expliquer que sa discographie en leader soit si limitée : deux albums à ce jour ! Toutefois, on peut également penser qu’il aime surtout la discrétion et se plaît dans son rôle de compagnon de route, lui qui a joué plus ou moins régulièrement aux côtés d’Henri Texier, Daniel Humair, Erik Truffaz ou encore Matthieu Donarier. Quoi qu’il en soit, il aura fallu attendre longtemps le premier disque sous son nom. En 2007, c’est chose faite avec la parution chez Bee Jazz de Songlines, en trio avec François Moutin et Daniel Humair, un premier album réussi. Cette première expérience lui a donné des idées et il n’aura pas longtemps mis notre patience à l’épreuve : voici donc son deuxième disque, pour lequel il s’est entouré d’un groupe à géométrie variable. Au trio de base avec Jérôme Regard à la contrebasse et Philippe Garcia à la batterie et aux effets électroniques, se joignent sur certains morceaux deux vieux compères venant apporter leur souffle et leurs idées : Geoffroy Tamisier à la trompette et Gueorgui Kornazov au trombone.

Le répertoire est constitué de suites de deux morceaux, ouvrant ainsi des perspectives de développement qui font la richesse et l’intérêt de cet album. Car il s’agit ici d’un disque de musicien, de compositeur, plus que l’œuvre d’un guitariste, comme c’est trop souvent le cas avec cet instrument, qui invite à la démonstration. L’apport des cuivres renforce cette impression : les arrangements de Codjia pour le quintet, la palette de couleurs et de timbres ainsi élargie mettent en évidence ses talents d’écriture. La musique navigue entre des morceaux très « friselliens » — tel « Brother Monkey », qui rappelle le grand This Land du maître américain —, d’autres imprégnés d’énergie rock ou encore des plages très contemporaines (« Raising »), notamment vers la fin du disque, avec notamment l’apport des effets de Philippe Garcia.

Autre élément fondamental de la réussite de cet album : l’homogénéité du trio guitare/basse/batterie, l’énergie, l’inventivité et la virtuosité des comparses. Ce trio, devenu le groupe régulier de Codjia, forme un magnifique écrin à l’expression de ses influences, qu’elles soient rock, jazz, « hendrixiennes » ou « friselliennes ». Répondant aux atmosphères variées, la paire Regard/Garcia fait preuve d’une belle cohésion, issue des nombreux concerts donnés par cette formation.

Plus riche, plus diversifié que le premier, ce deuxième disque montre qu’en plus d’être un guitariste surdoué, Manu est un vrai compositeur qui sait s’appuyer sur un quintet d’une belle expressivité.