Margot Zoé
Elevation
Margot Zoé (voc), Mathis Klaine (p), Yacine Belmahi (b, elb), Enguerran Altmayer (d, perc) + Élise Bœur (vln).
Label / Distribution : Auto Productions
C’est une très belle entrée en matière pour la chanteuse et compositrice Margot Zoé que ce « concept album », un premier disque dont le titre symbolise une conquête de liberté personnelle et qui est inspiré par le livre Watership Down de Richard Adams, dont l’histoire fait écho à celle de la chanteuse [1].
Si on avait pu repérer le talent singulier de Margot Zoé en 2024 lors du tremplin Nancy Jazz Up ! dont elle était l’une des finalistes avec son quartet, Elevation fait la démonstration d’une grande maturité de sa part et de celle des musiciens qui l’entourent (Mathis Klaine au piano, Yacine Belmahi à la basse et Enguerran Altmayer à la batterie). Un quartet de Messins qui ont su faire valoir leurs amitiés et leurs influences communes (dont celles de Brad Mehldau, Esperanza Spalding, Tigran Hamasyan ou Jan Garbarek) pour élaborer dès 2021 un univers mêlant avec le plus grand naturel jazz, rock aux couleurs progressives, musique folklorique et pop héritière de Kate Bush ou Björk. Margot Zoé compose tout le répertoire (au piano la plupart du temps) avant que le groupe ne travaille à son modelage à la faveur de séances de travail minutieuses. Chanteuse habitée s’exprimant en anglais, en français et en lapine, la langue inventée par Richard Adams, capable de véritables prouesses vocales (« The Promised Land »), se livrant avec discernement à un scat personnel loin des sentiers battus de l’exercice, elle sait aussi offrir toute la place nécessaire à ses partenaires pour ouvrir en grand les portes d’une musique qu’on qualifiera volontiers de cinématographique et poétique. Soulignons à cet égard le lyrisme – tout aussi habité – de Mathis Klaine et l’excellence d’une paire rythmique capable d’emmener le groupe vers des contrées dont les envolées sont parfois « magmaïennes » (cf. le final de « O’Clock »). Elevation est un vrai manifeste, non seulement de liberté, mais aussi d’onirisme et de force intérieure. Loin des modes, accordant une place centrale au temps, il s’écoute du début à la fin, comme on lirait une belle histoire (ou plutôt un conte). Cerise sur le gâteau, le son du disque a fait l’objet d’une grande attention grâce au mixage et au mastering de John Davis et Alex De Turk au Bunker Studio de New York. De même que le livret dont le graphisme et les illustrations (signées Meike Hakaart) sont particulièrement soignés.
Plus qu’une promesse, Elevation est une affirmation pour une jeune musicienne qu’on suivra avec attention et qui, selon ses dires, fourmille d’idées dont certaines sont d’ores et déjà en voie de réalisation.
