Scènes

Martial Solal et le Quintette d’Yves Robert

du jazz à l’hotel d’Albret.


Jazz à l’Hotel d’Albret, Lundi 29 et Mercredi 31 juillet 2002.

Martial Solal (p).

Yves Robert (tb), Laurent Dehors (bcl, cl, ts, ss), David Chevalier (g), Hélène Labarrière (b), Cyril Atef (d)

Situé dans le Marais (près de Saint Paul), l’Hôtel d’Albret accueille fin juillet et ce depuis 8 années, un festival de jazz offrant un plateau des plus alléchants. Jugez plutôt : dans la cours de l’hôtel se sont succédés pendant une semaine Martial Solal, Yves Robert, Steps Ahead, Kenny Garret, Moutin Réunion.
Dans un tel lieu, il n’y a que le mauvais temps qui pourrait troubler la sérénité du spectateur !

Martial Solal
Martial Solal entame les hostilités en solo. Avec lui, tout est finalement histoire de jeu. On se doit d’insister sur le côté ludique du personnage (ainsi déclare t’il pendant un rappel : « Vous ne m’aurez pas, j’adore jouer. Je continuerai jusqu’à ce que le dernier soit parti !  ») et de son style pianistique trop souvent étiqueté de froid ou d’intellectuel. Solal joue - un peu comme dans un dessin animé, et surtout se joue des standards, en majorité du Ellington, agrémenté de choses plus inattendues comme « Mon légionnaire ». Il les fait surgir au beau milieu d’une improvisation, parfois sous l’état de miette, de bribes rythmiques difficilement reconnaissables (il y a là aussi tout un jeu pour le spectateur).
Deux choses sont particulièrement éloquentes. Sa rapidité de pensée, tout d’abord. Pour jouer vite, il faut penser encore plus vite, surtout dans ce style là. Il en rajoute parfois dans sa facilité déconcertante : Solal frime un peu, mais on veut bien lui pardonner !
Sa démarche d’improvisateur ensuite. Il se « sert de ». Un morceau ne l’intéresse pas en tant que tel, mais pour ce qu’il va pouvoir en extraire dans l’instant. C’est un des rares musiciens à ne pas avoir de clichés, mais un style reconnaissable.
Quelque chose proche d’un tourbillon, à tel point qu’on ne se souvient plus de ce qui a été joué (et lui non plus je pense), mais qui laisse dans l’attente fébrile de prochaines surprises.
Un doute tout de même : Peut-on apprécier Solal sans un bagage culturel conséquent ? La question est posée, avis aux amateurs.

Deux jours après, changement radical. L’humour pourrait être le seul très d’union entre Martial Solal et Yves Robert, bien qu’il soit assez distant et nonchalant chez ce dernier.
Il est ici avec son quintet « l’Eté », une des plus belles choses qui soit arrivés au jazz français ces dernières années (le disque paru il y a 3 ans chez Deux Z est chaudement recommandé).
Un ensemble à la fois riche par l’écriture, très accessible et chargé d’émotions. Des qualités que l’on eu plaisir à voir embellies sur cette scène, dans ce programme estival, équilibré entre la dynamique de vacances balnéaires et la chaleur trop pesante du soleil : « Y tient bien le hamac ? » !
Cyril Atef aux baguettes dispense un fumet caractéristique, un groove lumineux, ethnique et percussif. Voilà la très bonne idée d’Yves Robert : avoir inclus ce drummer nourri à la pop et à l’électro dans son groupe.
Les autres partenaires sont plus connus des jazzophiles, Hélène Labarrière, David Chevalier et Laurent Dehors, toujours prêt aux débordements les plus extravagants ou à prolonger sans fin une musette -ce qui a beaucoup fait rire. De son côté le leader observe, donne quelques solos étincelants de trombone ou fait la moue quand Dehors (encore lui !) oublie de démarrer un thème.
Il paraît insaisissable ce bonhomme, et c’est tant mieux. On attends à présent la suite de ses aventures, remplies de « Tendresse » à ce qu’on en dit …

Une dernière chose : Pour ceux qui voudraient y aller l’an prochain, réservez vite vos places, les concerts affichent complets.