Scènes

Mary et Delay duo de choc

Le duo Nicolas Mary et Léo Delay préfigure le jazz de demain.


Léo Delay & Nicolas Mary © Mario Borroni

Invités à se produire dans le petit local des artisans encadreurs Clémence et Léo, imaWa a captivé l’auditoire. Le bassoniste Nicolas Mary, formé à l’ENM de Villeurbanne et à l’HEM de Genève, multiplie les collaborations avec des ensembles baroques, le trio Criollando dédié à la musique argentine et Argot Lunaire. Familier des musiques actuelles, le batteur Léo Delay est depuis longtemps impliqué dans le quartet Atlas en compagnie de Romain Maitrot, Léo Molinari et Nicolas Canavaggia ainsi qu’avec Anne Godefert dans le duo 50 m Nage Libre. Les deux musiciens ont fait une halte oyonnaxienne à la suite de leur prestation au Périscope à Lyon.

La liberté est bien au rendez-vous ce soir : les thèmes donnent libre cours à un enchaînement de séquences improvisées. Un lyrisme raffiné transparaît dans un répertoire rehaussé par des atmosphères captivantes. Le langage du basson oscille entre des comptines qui ne tardent pas à se fissurer pour laisser place à une architecture musicale qui n’est pas sans rappeler des bribes de l’album Uncle Meat des Mothers. Toutes ces investigations conduisent à un mélange de mélancolie et d’exaltation.

L’énergie se diffuse avec un éventail de nuances rythmiques ; Léo Delay explore des paysages sonores et perpétue les explosions spectaculaires chères à Tony Oxley. Nicolas Mary amplifie ses incursions mélodiques avec une souplesse d’interprétation exceptionnelle, dans la lignée des bassonistes Lindsay Cooper et Karen Borca. Le dialogue fertile qui s’instaure sur « Dans le bol » exprime parfaitement la symbiose qui unit les deux instrumentistes. Déterminés, les musiciens avancent avec une complicité qui tend à valoriser l’instant présent comme l’indique le nom de leur formation, imaWa. Cette parole fait référence au film de Wim Wenders Perfect Days et à la fameuse phrase : Kondo wa kondo. Ima wa ima traduite par « La prochaine fois, c’est la prochaine fois. Maintenant, c’est maintenant ».
Cette spontanéité s’est idéalement incarnée à Oyonnax avec un duo généreux à découvrir d’urgence.