Chronique

Masayo Koketsu & Nava Dunkelman

Veins of Rain

Masayo Koketsu (as), Nava Dunkelman (perc)

Label / Distribution : Relative Pitch

L’album Veins Of Rain, fruit du duo de la percussionniste Nava Dunkelman avec l’ombrageuse saxophoniste nippone Masayo Koketsu est absolument indissociable d’un autre album du Relative Pitch, Pōiesis, enregistré cette fois-ci en trio avec Tim Berne. Indissociable, car enregistré le même jour, dans le même studio, pour la première rencontre des deux musiciennes. Si la percussionniste étasunienne avait déjà été repérée aux côtés de Gabby Fluke-Mogul - toujours chez Relative Pitch - ou chez Brandon Seabrook, la saxophoniste a un parcours plus ancien, principalement au Japon ; on lui doit notamment un remarquable Japan Suite avec François Carrier. Avec un jeu d’alto assez profond et volontiers contemplatif, à l’image de « Tsuki no shizuku » que Dunkelman ponctue par l’effleurement de quelques sonnailles. Tout est question de geste ici, avec une télépathie qui surprend pour une première session commune.

Qu’on ne s’y trompe pas néanmoins : l’altiste aime aussi une certaine forme de chaos, bien suivie en cela par sa partenaire new-yorkaise. Ainsi, « Kotodama » est l’occasion de croiser la saxophoniste vue à Moers en 2024 pour un hommage à Peter Brötzmann, jouant à la fois avec le silence et les soudaines algarades comme autant de dispositifs de tension. Un jeu direct et instinctif que Dunkelman ponctue à merveille, tant sur les peaux que sur le métal, joué avec une grande nervosité, comme pour relancer sans cesse le mouvement. Sur « Aoshigure », ce sont même les percussions qui trouvent le chemin vers un alto aux allures sauvages bien qu’avare de notes, ce qui rend le dialogue assez intense.

Dans la vieille tradition des duo saxophone/batterie, Veins Of Rain est un album nerveux et poétique qui permet de découvrir deux improvisatrices à suivre avec grand intérêt. Si Pōiesis consacrait Koketsu auprès de l’un de ses pairs, cet échange plus cru, tel qu’on l’entend dans l’acide « Tsuyo no tama », permet de consacrer la Japonaise comme l’une de ces saxophonistes inspiré·es par le free qui savent instiller beaucoup de nuances et de poésie dans leur jeu.

par Franpi Barriaux // Publié le 31 mai 2026
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