#MeTooJazz : Lettre ouverte contre les VSST
Le monde du jazz s’oppose aux VSST.
Depuis 2017 et le scandale Weinstein, les initiatives #MeToo se multiplient dans les secteurs professionnels. Cinéma, musique, sport, médecine, etc.
Dans la musique, une première prise de conscience a eu lieu vers 2018 avec quelques prises de paroles çà et là. Dans le jazz, où déjà la place des femmes et des minorités de genre est un sérieux sujet d’étude, à part le collectif WeHaveVoice né aux USA, le sujet a été plus ou moins écarté. Pourtant, lorsqu’on travaille dans ce milieu, on est confronté aux problèmes liés aux violences sexistes et sexuelles, les bruits courent, les noms circulent, mais sans preuve, sans plainte, sans base juridique, il est difficile de s’y attaquer publiquement.
Cette fois-ci, c’est allé trop loin et, tandis qu’une procédure judiciaire est en cours, le monde professionnel du jazz et des musiques improvisées publie cette lettre ouverte pour affirmer (enfin) sa volonté de prêter plus attention aux situations liées aux VSST, d’écouter les victimes et d’agir.
Citizen Jazz soutient pleinement cette initiative en publiant cette lettre, ce jour du 8 mars 2026, Journée internationale des droits des femmes.
Mise à jour du 18 mars 2025
Radio France révèle le nom du musicien mis en cause dans l’affaire en question, il s’agit du pianiste Jacky Terrasson.
Le signalement de l’hôpital et la plainte pour viol concerne une enfant de 6 ans, les faits se seraient déroulés il y a 10 ans maintenant.
Il semble que le conseil juridique du pianiste parle d’un classement sans suite, ce qui est contredit par le procureur, d’après l’enquête du Canard Enchaîné.
Nous mettrons à jour cette page en fonction des informations vérifiées que nous recevrons.
Cette tribune #MeTooJazz garde tout son sens, même si, comme le confie Marjolaine Portier-Kaltenbach (Club Jazzafip) « Personne n’est dupe. Parmi les quelque 600 signataires se cachent sans doute un certain nombre de prédateurs et/ou d’individus ayant été témoins de faits graves qu’ils n’ont jamais dénoncés. Un moyen pour eux de s’acheter une bonne conscience à peu de frais ? ».
NO MORE
Nous, artistes, programmateur·ice·s, diffuseur·euse·s, journalistes, attaché·e·s de presse, enseignant·e·s et professionnel·le·s du monde du jazz, souhaitons exprimer notre préoccupation à la suite de la procédure judiciaire actuellement en cours visant l’un des musiciens notoires de notre milieu pour des faits à caractère sexuel impliquant des mineur·e·s.
Depuis des années, nous sommes nombreux·ses à avoir été témoins directs ou indirects d’agissements problématiques : propos déplacés, comportements insistants, abus de pouvoir, gestes inappropriés. Trop souvent, ces faits survenus dans le cadre professionnel ont été minimisés, relativisés et trop souvent, certain·e·s ont détourné le regard.
Mais c’en est trop.
Aussi, nous avons décidé de prendre la parole et faisons valoir ici un droit d’alerte légitime. Nous ne le faisons ni à la légère, ni par goût de la polémique mais parce que l’omerta a assez duré.
Aujourd’hui, nous affirmons fermement que les violences sexistes et sexuelles ne sont ni des “excès” ni des “débordements” inhérents à la vie artistique. Ce sont des faits graves qui détruisent des vies, des vocations, des santés et qu’aucune œuvre, aucun talent, aucune notoriété ne saurait relativiser.
Il ne nous appartient pas de nous substituer à la justice, seule compétente pour établir les faits et déterminer les responsabilités. Toutefois, au regard de la gravité des faits évoqués et de la responsabilité particulière qui incombe aux structures culturelles, il nous semble indispensable d’engager une réflexion collective sur les conditions d’engagement professionnel pendant la durée d’une telle procédure.
Nous rappelons que le Code du travail impose aux employeurs une obligation de prévention et de protection en matière de harcèlement sexuel et d’agissements sexistes. Cette responsabilité engage pleinement les organisateurs, établissements d’enseignement, employeurs, producteurs et partenaires publics de notre secteur.
Nous appelons en conséquence les professionnel·le·s et structures concerné·e·s à adopter une position claire et responsable, dans un souci de cohérence éthique mais aussi de protection des publics, des élèves et des équipes.
Nous affirmons également notre soutien à toute personne victime ou témoin de violences sexistes ou sexuelles, et les encourageons, si elles le souhaitent, à se rapprocher du collectif Collectives à l’adresse suivante : collectives@protonmail.com (ou du site MeTooMedia) et des autorités compétentes afin que leur parole puisse être entendue dans un cadre approprié.
Nous souhaitons un monde du jazz réellement sûr, inclusif et respectueux, où chacune et chacun pourra créer, travailler et transmettre sans craindre l’humiliation, l’abus ou la violence. Nous en sommes collectivement les garants.
Si vous souhaitez vous aussi signer cette lettre, c’est ici.
Premiers signataires :
Ségolène Alex (Festival Jazzèbre, Perpignan), Yamilé Bengana (Studio de l’Ermitage à Paris - directrice adjointe), Flore Benguigui (artiste), Airelle Besson (artiste), Antoine Bos (AJC), Arnaud Dolmen (artiste), Mathieu Durand (FIP - journaliste), Alex Dutilh (Open Jazz -journaliste), Thomas Dutronc (artiste) Andy Emler (artiste), Caroline Fontanieu (Universal Music/ECM Records - label manager), Donatienne Hantin (Jazz à Saint-Germain des Près), Raphaël Imbert (artiste, directeur d’établissement, Marseille), Naïssam Jalal (artiste), Matthieu Jouan (Citizen Jazz, Epistrophy), Hugues Kieffer (Festival Marseille Jazz des cinq continents - directeur), Victoria Larrain (L’Astrada Marciac - directrice), Denis Le Bas (Jazz sous les pommiers - directeur), Alice Leclercq (Jazz News - journaliste), David Linx (artiste), Ana Carla Maza (artiste), China Moses (artiste, productrice), Sandra Nkaké (artiste, activiste), Louis-Julien Nicolaou (Télérama - journaliste), Leila Olivesi (artiste), Anne Paceo (artiste), Pierrick Pédron (artiste), Nathalie Piolé (France Musique “Banzzai” & “Jazz Club”), Stéphane Portet (Sunset & Sunside Paris - directeur), Marjolaine Portier-Kaltenbach (FIP “Club Jazz à Fip”), Thomas de Pourquery (artiste), Henri Texier (artiste), Sébastien Vidal (TSF Jazz, Duc des Lombards, avec les équipes), Daniel Yvinek (artiste, directeur artistique).


