Chronique

Michael Gibbs & Joachim Kühn

Europeana - Jazzphony n° 1

Michael Gibbs (arr), Joachim Kühn (p), Jean-Francois Jenny-Clark (b), Jon Christensen (dm), Theo Wiemes (frh), Douglas Boyd (oboe), Django Bates (ts), Richard Galliano (acc), Christof Lauer (ss), Markus Stockhausen (flgh, pic tp), Martin Stoll (oboe), Albert Mangelsdorff (tb), Klaus Doldinger (ss), Klaus Worlitzsch (vl) et l’Orchestre Philharmonique de la Radio d’Hanovre.

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Le label ACT a re-mixé et ressorti Europeana - Jazzphony n°1, un enregistrement de 1994 qui avait pour objectif ambitieux la relecture de pièces du folklore européen dans un langage « jazz symphonique ».

Créditer la re-édition d’Europeana à Joachim Kühn peut sembler un peu incongru car Siegfried Loch avait confié l’opération initiale à Michael Gibbs. Choix qui semble d’ailleurs judicieux car ce Zimbabwéen, formé entre autres à la Lenox et à Berklee, est un musicien prolixe qui verse aussi bien dans le jazz que la musique de film et cumule les rôles de pianiste, tromboniste, arrangeur, compositeur, chef d’orchestre, mais également de producteur.

Pour entourer Gibbs, le label avait mis le paquet. Le côté jazz était assuré par le trio de choc Joachim Kühn - Jean-François Jenny-Clark - Jon Christensen et pléthore de solistes de haut vol dont Richard Galliano, Django Bates, Christof Lauer, Markus Stockhausen, Albert Mangelsdorff… Quant au côté symphonique, c’est l’Orchestre Philharmonique de la Radio de Hanovre qui en était le garant.

Gibbs entreprit d’arranger des morceaux traditionnels qui couvraient toute l’Europe, de la Finlande à l’Espagne. Il reprit treize ritournelles telles que « Dis moi donc bergère », « El Vito », « Es sungen drei Engel », « Black Is The Colour Of My True Love’s Hair » etc.

Les mélodies sont souvent fort jolies, mais, hormis les quelques passages nerveux et relevés de Kühn et du trio avec Jenny-Clark et Christensen, l’auditeur n’échappe pas aux clichés du genre : orchestre classique utilisé essentiellement à l’unisson, en legato, pour des mouvements lents et emphatiques, avec des nappes de cordes lyriques. Les solistes, techniciens irréprochables, apparaissent un peu comme dans un concerto, à ceci près qu’en dehors du trio piano-basse-batterie, l’instrument soliste change à chaque mouvement. Ces changements sont d’autant plus frustrants que les pièces sont courtes et ne laissent pas vraiment le temps de profiter des trouvailles de Galliano ou de Mangelsdorff, pour ne citer qu’eux.

Europeana plaira sans aucun doute à l’amateur de belles musiques orchestrées et interprétées par des professionnels qui jouent sans peur ni reproche…