Chronique

Miroslav Vitous

Ziljabu Nights

Miroslav Vitous (b), Gary Campbell (ts), Roberto Bonisolo (ts, ss), Aydin Even (elp), Roberto Gatto (dm)

Label / Distribution : Intuition/DistArt

Quand l’un des maîtres de la contrebasse sort un album live, on ne peut que s’incliner. A fortiori lorsque l’enregistrement a été effectué au milieu de l’Allemagne dans l’écrin du théâtre de Gütersloh, équipement dernier cri aux normes tout ce qu’il y a - semble-t-il - de plus écologiquement correctes (on ne parlera pas ici des travailleurs du bâtiment surexploités outre-Rhin).

« Ce que je pense jouer et ce qu’il se passe vraiment, ce sont deux choses différentes », avoue le contrebassiste. On ne demande qu’à le croire, à l’écoute de ses variations sur le standardissime « Stella By Starlight », ou bien encore sur un hommage à Scott LaFaro – l’un des fondateurs de la contrebasse moderne -, « Gloria’s Step Variations », qu’il se réapproprie avec tout son savoir-faire d’Européen passé par les plus ambitieuses expérimentations étasuniennes – il fut l’un des fondateurs de Weather Report après avoir tenu la contrebasse sur l’exceptionnel « Now He Sings, Now He Sobs » avec Chick Corea et Roy Haynes en 1968.

L’exilé tchèque qu’il fut transcende ici, comme à son habitude, les fonctions rythmiques et harmoniques de son instrument et développe moult subterfuges avec la justesse de ce dernier, pour mieux en affirmer forces et faiblesses. Inlassable serviteur de la musique, il a su s’entourer d’accompagnateurs exceptionnels tel Roberto Gatto à la batterie ou encore le Turc Aydin Esen aux claviers, développant un propos planant et swing à la fois. Proposé par les confrères du magazine Jazzthing et agrémenté de sept minutes d’entretien avec Miroslav Vitous, ce live offre un instantané du jazz européen le plus ambitieux.