
Très engagée dans la question de genre et la justice sociale dans son ensemble, la pianiste allemande Monika Herzig mène une carrière étasunienne aussi brillante que discrète, à la fois comme musicienne et comme autrice. Fondatrice de l’orchestre Sheroes où l’on a eu plaisir à entendre Reut Regev, elle a publié - en anglais, non traduit - une biographie de Chick Corea ainsi qu’un Jazz & Gender, paru en 2022. Son jeu, très clair et marqué par le jazz étasunien le plus mélodique est au service d’une écriture fine et très classique, où la rythmique a une grande importance. Dans ce Transparent, enregistré en quartet augmenté [1], Herzig délaisse Sheroes pour un autre combat, avec la batteuse mexicaine Karina Colis et surtout son mari le guitariste Peter Kienle avec qui elle avait déjà enregistré Time Flies en compagnie du saxophoniste Bob Berg.
Transparent est un jeu de mot, pas seulement une description de la ligne pure et limpide de « Transparent Hood » où le banjo de Kienle, auteur du morceau, fait tourner une machine très rodée marquée par la basse très anguleuse de Jeremy Allen. C’est aussi une façon d’illustrer avec une grande légèreté le fait d’être parent d’enfants trans ; un sujet qui touche directement le couple et qui est le thème d’un disque nimbé d’espoir et de joie simple. Les morceaux, majoritairement composés par Herzig, sont doux et lumineux nonobstant leur formalisme ; ils racontent une histoire avec simplicité, au format chanson, sans chercher à renverser la table, juste pour raconter une réalité simple, celle de l’amour familial.
On saluera l’écriture d’Herzig sur « Etch-a-Sketch », sans doute le morceau le plus aventureux de cet album où le piano se perd dans une discussion sans fin avec la batterie impeccable de Colis et le jeu très ouvert de Kienle. Avec l’appui des saxophones et le bruit oublié d’un modem 56 Ko (nostalgie), Herzig rappelle qu’avant tout, c’est la joie qui commande sa musique et qu’elle sait être communicative.
Avec Peter Kienle (g, bjn), Jeremy Allen (b), Karina Colis (d), Ted Nash, Tom Clark et Joe Donnelly (ts, fl).
Notes
[1] Les saxophonistes Ted Nash, Tom Clark et Joe Donnelly s’invitent sur plusieurs morceaux.


