
Naïssam Jalal
Landscapes of Eternity
Naïssam Jalal (fl, voc), Samrat Pandit (voc), Sougata Roy Chowdhury (sarod), Nabankur Bhattacharya, Flo Comment (perc), Leonardo Montana (p), Zaza Desiderio (d)
Label / Distribution : Les Couleurs du Son
Il y a dans la musique de Naïssam Jalal une force absolument charnelle quand il s’agit du sous-continent indien. Plus qu’un attachement ou des affinités électives, c’est une destination à classer parmi les niches de sa musique-médecine ; une mystique qui trouve écho dans la musique hindustani et que la flûtiste - et chanteuse, de plus en plus chanteuse - a su faire sienne. En témoignera l’émotion immédiate, presque solide, qui nimbe « Tears in Delhi’s Fog » et ce travail de minutie qu’elle entame avec son fidèle pianiste Leonardo Montana avant de partir en voyage de l’âme avec les tablas de Nabankur Batthacharya. Ce morceau, comme ceux qui suivent et prennent le temps de s’installer, a tout d’une ferveur propre au jazz modal, celui qu’on trouve chez Alice Coltrane par exemple, mais révèle une grande incarnation ; comme souvent dans les disque de Jalal, la musicienne raconte une histoire où elle met beaucoup d’elle-même.
Elle ne fait pas que contempler, ce qu’elle fait pourtant à merveille dans le chaleureux « In The Rice at Dawn » qui suit le bourdon traditionnel du sarod de Sougata Roy Chowdhury. Elle observe, elle annote, et son disque est tout autant un voyage des sens qu’un carnet d’ethnologue submergée par les émotions. Dans sa musique, dans son dialogue avec le chanteur Samrat Pandit, Naïssam Jalal parvient à s’abandonner dans la musique hindustani et cependant de garder le lien fort du langage avec un jazz contemporain extrêmement ductile où le lien avec son pianiste et le formidable batteur Zaza Desiderio revêt une importance capitale. L’intense « Soft Rain on a Silent River » en est la parfaite illustration.
Il y a des milliers de façon de faire sienne une culture. Il n’y en a qu’une qui soit parfaitement saine et honnête, c’est d’y entrer à pas comptés et de la laisser respirer au cœur de sa propre expression. C’est le choix naturel qu’a fait la flûtiste et qui s’est nourri de sa rencontre avec le légendaire flûtiste indien Hariprasad Chaurasia. La musique de Naïssam Jalal est une succession de rencontres et d’apprentissages qui la nourrissent et font d’elle cette artiste unique et humble. Encore une fois, elle se livre tout entière dans chacun de ses disques et nous offrent toutes sortes d’images empruntes d’un naturalisme profond, fruit d’une attention particulièrement empathique de tout ce qui l’entoure et qu’elle retranscrit à merveille, à la flûte comme à la voix.

