Chronique

Nebbia, Banner, Andrzejewski

Presencia

Camila Nebbia (ts), James Banner (b), Max Andrzejewski (d).

Label / Distribution : Ears And Eyes Records

Depuis l’avènement ou plutôt le jaillissement du free jazz, nombreuses sont les métaphores volcaniques qui lui ont été associées. Répétées au point de même dépasser le stade du cliché (à fuir absolument selon tout bon critique) pour atteindre celui de l’association d’idées aussi inévitable qu’involontaire (au grand dam de tout bon critique).

C’est qu’il y a, dans cette musique, une façon d’être fluide et brûlante tout à la fois : on ne trouve guère mieux pour dire ce qui fond, s’écoule en tous sens, embrase et pourtant se tient.

À l’écoute de Presencia, du trio Nebbia/Banner/Andrzejewski, l’image s’impose de nouveau (embarrassant le critique essayant d’être à peu près bon).
Le jeu intense et fluide de la saxophoniste Camila Nebbia n’y est pas pour rien : qu’elle emmène la mélodie dans des coins où l’on ne l’imaginait pas pouvoir se glisser, comme dans les instants de transe incandescente qu’elle atteint en irradiant l’auditeur au passage.

Le titre, Presencia, cherche à évoquer simultanément les présences qui nous hantent – souvenirs, ombres, voix – et la présence physique dans sa matière, son épaisseur, l’enjeu pour le trio étant de parvenir à capter cette double nature lors d’une unique journée au studio Bonello de Berlin.
Foin de suspense – et sans dévoiler les richesses qui parsèment le disque et enchanteront l‘auditeur – on peut annoncer que l’objectif est atteint.

Que les morceaux soient issus de compositions ou d’improvisations (ou tenant à la fois de ces deux modes d’élaboration), chacun évoque plein de choses connues et aimées, tout en vivant intensément par sa propre force.
Les structures savantes échafaudées, mettant souvent – mais pas seulement – la section rythmique de James Banner et Max Andrzejewski en vedette, forment le lit aux nervures troublantes d’un fluide ne pouvant que déborder : la conjugaison particulièrement heureuse d’une ingénierie d’orfèvre et d’une expressivité vitale brûlante (on y revient).

par Aymeric Morillon // Publié le 25 janvier 2026
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