Scènes

Nouvelle Vague au 106

Avec Nouvelle Vague, un détour vers la ville qui a vu naître Jacques Rivette s’imposait.


Photo Franpi Barriaux

De mémoire, c’est la première fois que Stéphane Kerecki venait jouer à Rouen. Avec Nouvelle Vague, un détour vers la ville qui a vu naître Jacques Rivette s’imposait. A peine entamées les premières notes du « Mépris » de Delerue aux côtés de Dan Tepfer - le nouveau pianiste du quartet - le contrebassiste paraissait à son aise dans la périphérie urbaine du Hangar 106, le long de la Seine, entre deux grues. Un décor de plan-séquence, cinématographique en diable.

Le 106 - la SMAC de l’agglomération rouennaise - accueille peu de jazz. Cinq ou six représentations par an, même si sa programmation éclectique permet de contenter les gourmands de musique. Mais il faut reconnaître que lorsque c’est le cas, les petits plats sont correctement disposés dans les grands. La scène est au niveau du sol, ce qui confère une proximité chaleureuse.


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Stéphane Kerecki © Franpi Barriaux

Derrière les musiciens, des films défilent et renforcent l’atmosphère Nouvelle Vague ; des montages colorés, arrêtés ou ralentis à l’extrême, comme des rêves lointains. L’écrin parfait pour les échanges du soprano d’Emile Parisien et du jeu toujours très musical de Fabrice Moreau, remarquables sur la visite de « Pierrot le Fou ».

Dans la chronique du disque, nous écrivions : « Les images que projettent Stéphane Kerecki ne sont pas celles des films, à moins qu’elles ne soient teintées de souvenirs ». C’est exactement ce que la scénographie renvoie, a fortiori lorsque, entre les morceaux, quelques répliques sont soulignées par la contrebasse. A ce titre, le choix de Dan Tepfer suite à la disparition tragique de John Taylor semble idéal ; le pianiste chantonne les thèmes en même temps qu’il les déconstruit, notamment lorsqu’il discute avec Parisien, toujours aussi démonstratif et total dans ses improvisations, sur « Ascenseur pour l’échafaud ».


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Dan Tepfer, Emile Parisien © Franpi Barriaux

C’est un fort beau spectacle auquel nous a conviés le Rouen Jazz Action, devant un public nombreux. Le quartet offre ses « Quatre Cents Coups » avec une générosité évidente et convie à plusieurs reprises la chanteuse Laïka. Elle remplace Jeanne Added, présente sur le disque et appelée par d’autres scènes. L’approche est différente, plus capiteuse, moins écorchée ; plus Bardot et moins Moreau, si l’on s’en tient à la période filmique choisie… Éloignée mais plaisante, livrée à la personnalité de Laïka et donc pleinement vivante. A l’image d’un concert réjouissant comme on aimerait en voir plus souvent dans la capitale normande.

par Franpi Barriaux // Publié le 3 avril 2016
P.-S. :

Prochains concerts du Rouen Jazz Action :

  • Céline Bonacina « Crystal » Quartet 19 avril 2016 au 106 (20h30)
  • Chucho Valdés & The Afro-Cuban Messengers 9 mai 2016 à l’Opéra de Rouen (20h)