Scènes

Nuit des solos pour les 25 ans du Petit Faucheux (Tours)

Nuit des solos pour l’anniversaire du club de jazz tourangeau, le Petit Faucheux.


Dans la vieille ville de Tours, derrière les colombages, entre les pavés, le Petit Faucheux, qui fête cette année ses 25 ans d’existence, est installé depuis peu dans un grand théâtre où il accueille un public large et hétéroclite.

Dans le cadre du festival Emergences, le Petit Faucheux fêtait le 17 novembre son anniversaire avec une nuit des solos (première partie : Quintet’sens). : onze grands musiciens qui font partie de l’histoire du lieu ont répondu à son invitation pour venir jouer pendant dix minutes une pièce partiellement ou totalement improvisée, selon les personnalités. Dans une salle comble, Joëlle Léandre ou Hugues Vincent sont ainsi partis à la recherche d’une sonorité de l’instant, elle en convoquant son bagage contemporain, lui plutôt dans une dynamique bruitiste : frottements de cordes, archet détourné de son utilisation première… Les saxophonistes Jean-Marc Padovani et Bruno Wilhem, ainsi que le clarinettiste Olivier Thémines ont développé des discours relativement construits, tandis que Daunik Lazro, en hommage à Hendrix au saxophone baryton, est parti dans une direction plus hachée, faite de bribes, de lignes de fuite et de cassures. Le trompettiste Jean-Luc Cappozzo s’est distingué par un travail du souffle à l’enchaînement rapide, que l’on peut rapprocher en cela du batteur Ramón López, tout en finesse véloce, où mille petits sons volatiles forment un tout par accrétion. Dans une perspective différente, Claude Tchamitchian, après une introduction improvisée à l’archet, a joué une partie d’un morceau de son solo de contrebasse, Another Childhood : une mélodie pizzicato qui explore ses propres variations avec une immense musicalité. Enfin, les deux pianistes Andy Emler et Guillaume Hazebrouck ont cherché, le premier du côté de l’accumulation et des citations, le second une alchimie du silence, où chaque note dépose une poésie lente et apaisante.


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Photo Rémi Angeli (DR)

Tous sont compositeurs et/ou chefs d’orchestre, et c’est l’occasion pour le public de goûter à des personnalités musicales hétérogènes. Certains s’adaptent au format court et livrent une véritable performance, d’autres commencent à peine à s’installer dans leur courant de jeu qu’il leur faut déjà quitter la scène. C’est à la fois l’avantage et l’inconvénient de cette idée de programmation : cette espèce de buffet apéritif de la musique improvisée ouvre l’appétit des spectateurs mais frustre les artistes.

Les deux heures de musique passent étonnamment vite, et c’est sur un feu d’artifice que l’on se quitte : Andy Emler, brillant chef d’orchestre du MegaOctet, dirige tout le monde sur le « Tutu » de Miles Davis, un comble quand on connaît l’engagement de certains dans l’improvisation totale et le refus du standard. Emler utilise le langage du soundpainting pour composer un bouquet sonore instantané. Ce parti-pris malicieux met au jour les qualités de subversion des uns et des autres au sein de cet éphémère ensemble où naît un groove sapé de l’intérieur par des traversées sonores.

En guise de deuxième rappel, Emler, Tchamitchian, López, Jean-Marc Padovani et Hugues Vincent reviennent les doigts chauds et la tête bouillonnante, mais il est un peu tard, les autres ne suivent pas. Du coup, l’improvisation prometteuse s’arrête d’elle-même.

Aux côtés des autres concerts du festival Emergences, tels ceux de Marc Ducret, Bernard Lubat ou Kenny Barron, cette nuit des solos brille par son originalité et son éclectisme. Théâtre convivial, le Petit Faucheux se bat pour des musiques libres, écrites ou improvisées, mais toujours de qualité.


  • le photo-reportage de la soirée
  • la vidéo du Petit Faucheux sur Andy Emler à l’occasion de cette Nuit des solos :