Chronique

Oddjob

Clint

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Il fallait bien que ça arrive un jour. Avec leur manière de naviguer entre easy listening (sans que ce terme soit ici péjoratif), une touche de funk et les grands espaces aérés d’un certain jazz nordique, on voyait bien les Suédois d’Oddjob [1] s’attaquer à des relectures de thèmes écrits pour le cinéma. Ils ont choisi ici des thèmes tirés de films de ou avec Clint Eastwood, le plus souvent signés Ennio Morricone ou Lalo Schifrin (on trouve aussi Lennie Niehaus, Ron Goodwin et un thème d’Eastwood lui-même, « Let’s do it »).

Pour l’essentiel, le travail de relecture consiste à rhabiller les partitions d’origine : changer les timbres, transformer certaines inflexions, certains parti-pris rythmiques, apporter un peu d’électricité et de sonorités synthétiques. Cette manière de faire rapproche assez naturellement Oddjob de Schifrin, lui-même amateur de sonorités électriques et acides, et plus enclin à composer pour de petites formations amplifiées avec batterie et percussions que pour de grands ensembles. Ce sont donc ses thèmes que le groupe se réapproprie avec le plus d’élégance : « Scorpio’s Theme », « Magnum Force Theme » ou « The Mayor ». Les compositions d’Ennio Morricone subissent des transformations plus drastiques : ainsi, le célébrissime thème du Bon, la brute et le truand est rendu méconnaissable par un usage savant de trompettes en nappes et de sons synthétiques quasi percussifs. Ailleurs, le groupe a à cœur de dégonfler la dimension épique de partitions pensées pour le western (« Ecstasy of Gold », la mémorable scène de la découverte du trésor dans Le Bon, la brute et le truand), tout en leur conservant leur lyrisme.

L’approche d’Oddjob est classique mais efficace. Goût des mélodies accrocheuses, production au poil, intelligence du travail des textures et des timbres… Pour n’être ni indispensable ni révolutionnaire, Clint fait état d’une recherche et d’une intelligence qu’on aurait tort de bouder.

par Mathias Kusnierz // Publié le 10 mars 2010

[1Goran Kajfes (tp, perc), Per « Ruskträsk » Johansson (s, cl, fl), Daniel Karlsson (p, fender rhodes, orgue, synthétiseur), Peter Forss (b, g), Janne Robertson (dm, perc), Johan Lindström (pedal steel guitar)