
Il y aurait de quoi s’effrayer devant la témérité consistant à vouloir réarranger Carla Bley, artiste ayant signé parmi les plus beaux arrangements (et thèmes) de l’histoire du jazz.
D’autant, comme si la barre n’était pas assez haute, qu’il y avait chez elle autant d’excellence du côté de la partition que de l’exécution (choix d’instrumentistes d’excellence, toujours).
Et pourtant. La cote était élevée mais le pari est réussi. L’ONJ de Sylvaine Hélary sort, pour son premier disque, un With Carla de très belle facture.
La flûtiste et nouvelle cheffe de l’orchestre avait déjà enchanté plus d’un amateur de musiques élégamment libres, que ce soit au sein du Surnatural Orchestra ou du White Desert Orchestra d’Eve Risser.
Première femme à diriger l’Orchestre National de Jazz, elle est arrivée au sein de l’institution avec le désir de réfléchir à la présence des femmes musiciennes dans le jazz.
En constituant un orchestre paritaire, déjà. En s’attaquant à une des – pas si nombreuses pour l’instant – femmes compositrices s’étant fait une place dans le panthéon, plus ou moins officiel, d’un jazz encore assez lourdement genré.
Pour s’éloigner un peu, léger pas de côté pour mieux observer et admirer, Sylvaine Helary a pris le parti de travailler (elle et Rémi Sciuto, saxophoniste responsable des arrangements) avec un ensemble de cordes pour un ajout de couleurs et lumières inédites au monument.
Les trois compositions originales de Rémi Sciuto (« Préludvi », « …An Ups Again », « Hypothèses… ») s’insèrent naturellement dans le répertoire de la grande dame sans avoir à rougir.
Les interprétations n’hésitent pas à s’aventurer parfois assez loin des originaux (« Útviklingssang », chanson hommage aux mouvements écologiques, à la version originale méditative, est ici présentée dans une version qui en montre toute la potentielle puissance, « Ups And Downs » revisité façon film à suspens).
Mais même dans ces écarts recherchés, l’ensemble respecte l’esprit et parfois la lettre (en reprenant par exemple l’enchaînement des compositions « Exaltation » – écrite par Carl Ruggles –, « Religious Experience » et « Major » comme sur le disque The Carla Bley Big Band Goes To Church).
Le double disque, touffu d’idées et de textures, se termine, idéalement, dans la beauté suspendue et délicatement chambriste comme sur la relecture d’« End Of Vienna », suivie des applaudissements du public (le disque a été enregistré live) et des nôtres.

