Scènes

PAPAJO - Investigations sonores au Pannonica

Dans sa formule historique, PAPAJO est constitué de Paul Hubweber au trombone, John Edwards à la contrebasse et Paul Lovens à la batterie. Pour ce concert nantais du 5 décembre 2008, ce dernier était remplacé par Paul Lytton.


PAPAJO est un trio qui, dans son instrumentation, n’est en rien exceptionnel : trombone, contrebasse, batterie. Exceptionnel, en revanche, il l’est par la musique proposée et la direction musicale choisie par les trois musiciens. Dans sa formule historique, PAPAJO est constitué de Paul Hubweber au trombone, John Edwards à la contrebasse et Paul Lovens à la batterie. Pour ce concert nantais du 5 décembre 2008, ce dernier était remplacé par Paul Lytton.

Durant deux sets d’une heure environ, PAPAJO nous a montré ce que pouvait être un trio en pleine improvisation : utilisant toutes les ressources à leur disposition, les musiciens nous ont fait voyager, nous ont ouvert des perspectives sonores, secoué les méninges et dépoussiéré les idées.


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Paul Lytton © Jean-Marc Laouénan/Vues Sur Scènes

Tout d’abord, l’utilisation de l’instrument. Hubweber montre la voie : le trombone est le parfait prolongement de la voix humaine, du murmure au cri, de la finesse à la puissance. Il vocalise, insère des objets dans le pavillon (gobelet plastique, sourdine)…. On découvre que cet instrument que l’on pensait connaître peut encore réserver des surprises. Hubweber swingue, chante, grommelle, ronronne, souffle. Le trombone n’est plus un trombone, un cuivre, mais une extension du corps, des tripes et des idées du musicien. A ses côtés, Edwards et sa contrebasse sont comme les cousins de Hubweber et son trombone : même utilisation « exhaustive » de l’instrument, qui devient une caisse de résonance géante pour cordes et percussions. Il caresse le corps voluptueux de sa contrebasse, lui tapote la table, lui gratouille les cordes, sans oublier qu’elle est, à l’origine, un superbe instrument qui vous relie à la terre. L’imagination n’a pas ici de limites. On est dans le domaine du son, de tous les sons. Quant à Paul Lytton, il nous a semblé qu’il avait toujours été l’un des PA de ce PAPAJO. Parfaitement à son aise dans cette musique qui se veut la plus ouverte possible, n’hésitant pas à prendre ses deux compères au dépourvu, multipliant les rythmes, les crissements, les frottements, il se livre à une véritable cuisine sonore qui vient magnifiquement nourrir le travail du tromboniste chanteur et du contrebassiste « fouetteur ».

PAPAJO ne peut toutefois être résumé à une histoire d’instruments, aussi riche soit-elle ! En parallèle de ces recherches sonores, les idées mélodiques et rythmiques sont bien présentes. Entre construction et déconstruction, il y a toujours un des trois musiciens pour ramener le trio vers des chemins moins tortueux, pour exploiter une idée et en faire une trouvaille mémorable.

La musique de PAPAJO est une musique de l’instant, qui ne se donne qu’aux oreilles prêtes à se laisser emmener loin des rivages connus. Une musique de surprises, de recherches. Comme dans toute création ambitieuse, la prise de risques emprunte parfois des chemins qui débouchent sur des culs-de-sac, mais la promenade est si belle, si revigorante qu’il serait dommage de s’en priver.