Scènes

Paolo Fresu Devil Quartet au Petit Faucheux

Depuis 1985, le trompettiste/bugliste Paolo Fresu accumule les récompenses (une trentaine) et les enregistrements. Sa venue au Petit Faucheux, à Tours, le 22 mars 2014, avec son Devil quartet, un ensemble trompette/contrebasse/guitare et batterie, a fait l’objet d’un concert à guichets fermés qui a séduit le public.


Depuis 1985, le trompettiste/bugliste Paolo Fresu accumule les récompenses (une trentaine) et les enregistrements : plus de quatre-vingts en leader, plus d’une centaine en association avec des musiciens aussi différents qu’Enrico Rava, Omar Sosa, Uri Caine, Carla Bley, l’ensemble vocal corse A Filetta et beaucoup d’autres. Sa venue au Petit Faucheux, avec son Devil quartet, un ensemble trompette/contrebasse/guitare et batterie, formation assez rare à l’exception notable des quartets d’Enrico Rava et Tomasz Stańko, également sur ECM, a fait l’objet d’un concert à guichets fermés.

Cet excellent musicien et grand « entertainer » a souligné à plusieurs reprises au cours du concert que son dernier disque, Desertico, ne serait pas disponible à la vente en fin de concert. On peut s’en réjouir. L’écoute préalable de ce disque nous avait laissé une impression de joliesse (ou de préciosité ?) qu’on retrouve dans nombre de ses enregistrements, sur Blue Note en particulier. Le son du concert est bien différent.


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Paolo Fresu Photo Hélène Collon

Grâce au soutien énergique de son guitariste Bebo Ferra, mais surtout à celui du batteur Stefano Bagnoli – deux rockers, musiciens mais rockers quand même – et à la qualité des échanges de Fresu avec le contrebassiste Paulino Dalla Porta, virtuose et mélodiste, le quartet a donné au Petit Faucheux une musique qui a séduit le public. Trop souvent assimilé à un brillant clone de Miles Davis et/ou Chet Baker, Fresu a développé ce soir là avec le Devil Quartet, toutes les facettes d’un style original avec un son éclatant et cuivré qui évoque parfois Clifford Brown, ou plus souvent les fanfares de Berchidda, son village natal où, dit-il, « tout le monde joue de la trompette… ».

La mélodie n’est pas son point fort, en témoigne « Ambre », sorte de canzonetta, qui ouvre le concert, ou les medleys de deux ballades qui le concluent, voire le « (I Can’t Get No) Satisfaction » du premier rappel. En revanche, sa maîtrise technique, la beauté de sa sonorité à la trompette et au bugle – il faut entendre son hommage à Chet dans « Blame It On My Youth » - la musicalité des dialogues qu’il noue avec son contrebassiste et son guitariste dans « Desertico » ou « La Follia Italiana », l’utilisation intéressante - mais parfois abusive - des « multi-effects » de son ordinateur, l’humour et la gentillesse de ses commentaires… tout cela est indéniable. Mais contrairement au disque, le concert laisse apparaître sous la grâce une véritable exigence de liberté.

Deux rappels pour un Devil Quartet décidément plus diabolique sur scène, donc.