Scènes

Papanosh a 10 ans au 106 (Rouen)


Ce n’est pas un concert comme les autres que le 106 accueille à Rouen. Des soirées consacrées au jazz, il y en a régulièrement, mais elles ne sont pas souvent accompagnées de bougies. C’était même un double évènement : Papanosh, auréolé de sa renommée acquise avec l’album ¡Oh Yeah ho !, fêtait son dixième anniversaire. Quant au collectif des Vibrants Défricheurs, qui secoue la ville avec nombreux projets transversaux, c’est quinze ans au compteur qu’il convenait de célébrer dignement avec André Minvielle. Une évidence.

Ce concert de Papanosh aurait dû être celui d’une sortie de disque. A Chicken in a Bottle est prêt, et c’est ce répertoire nouveau que le quintet entame sur scène sans préambule. Mais de disque, point. Comme un pied-de-nez ou une confirmation de la nécessité de s’auto-organiser pour être libre, le prestigieux label qui a permis l’existence du disque n’a pour le moment plus de distributeur en France… C’est reculer pour mieux sauter : il paraîtra en septembre  : que les plus curieux se rassurent, il est à la hauteur des attentes ! Comme dix ans, c’est à la fois l’âge de raison et celui des premiers bilans, les Papanosh ont condensé en un album toutes leur rencontres et leurs inspirations comme d’autres mettent des bateaux (ou des poulets) en bouteille, avec concentration et méticulosité.


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Papanosh © Franpi Barriaux

Ainsi, « Monsieur Shadows », dédié à leur ami Roy Nathanson est une ballade débraillée où l’alto de Raphaël Quenehen et le B3 de Sébastien Palis agitent quelques atomes mingusiens. Parmi toutes les autres, cette rencontre fut déterminante ; elle inonde la musique de Papanosh sans la cantonner à cette seule couleur. On retrouve, dans « El Toro », ou dans « Hermanos » qui soude l’orchestre plus que jamais, des vieilles rengaines piochées çà et là entre Uzeste et Budapest. Papanosh ne recycle rien ; il va constamment de l’avant, avec une base rythmique renforcée, plus carrée sans doute que précédemment, et c’est la nouveauté de ce concert où chaque morceau est un instantané, une ambiance, une couleur. La contrebasse de Thibault Cellier est définitivement l’axe central de l’orchestre. Il joue simplement ce qui offre paradoxalement une grande complexité mélodique. Son entente avec Jérémie Piazza, qui laisse parler toute sa finesse, libère leurs compères, notamment le trompettiste Quentin Ghomari, dont l’influence sur le jeu s’accroît à mesure que les années passent.


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André Minvielle © Franpi Barriaux

A Rouen, comme à Mens-en-Triève où se tient Mens Alors !, les concerts de Papanosh ne peuvent se terminer qu’en fête, d’autant que les Vibrants aussi étaient de la partie. Alors après l’hymne « Funeral Boogaloo », et pour concilier le savant et le populaire, raison d’être du collectif, qui de plus indiqué qu’André Minvielle ? A son arrivée, la SMAC se transforme en piste de danse. Minvielle chante ses chansons, l’occitan se mélange aux ritournelles sud-américaines chères au quintet. Ce joyeux foutoir est le fruit de ces habitués des bals qui prennent autant de plaisir qu’ils savent en donner. Pour les plus vieux – l’auteur de ces lignes en fait partie -, il y aura quelques souvenirs anciens des quinze ans de Tous Dehors il y a longtemps. Entre les deux, une génération, beaucoup de chemins divergents et une approche différente de la Cité… Mais une même force. Qui se transmettra immanquablement à tous les gamins qui sautillaient joyeusement dans la place. Rouen n’en n’a pas fini avec ses agitateurs. Qui s’en plaindra ?