Chronique

Peter Apfelbaum & The New York Hieroglyphics

It Is Written

Peter Apfelbaum (p, org, ts, cl, fl, harmonium, melodica, qarqabas, bata drums), Peck Allmond (ts), Josh Roseman (tb), Jessica Jones (ts), Tony Jones (ts), Norbert Stachel (bass sax), Craig Handy (as), Steven Bernstein (slide trumpet), Natalie Cressman (tb), Jeff Cressman (tb), Charles Burnham (vl), Juliana Cressman (vl), David Phelps (g), Viva De Concini (g), Will Bernard (g), Trey Anastasio (el.g), Patrice Blanchard (b), John Shifflett (b), Abdoulaye Diabate (voc), Jai Uttal (voc, harmonium), Dafnis Prieto (caxixi), Cyro Baptista (pandeiro, caxixi, bells), Josh Jones (bata drums), David Frazier (bata drums), Aaron Johnston (dms), Deszon X. Claiborne (dms)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Si vous lisez ces lignes, c’est que vous êtes venus à bout de la roborative liste des vingt-six musiciens qui participent à ce disque. Vous ne serez donc nullement surpris d’apprendre que ce disque du multi-instrumentiste Peter Apfelbaum représente un colossal travail d’écriture et d’arrangement pour grand ensemble. Et le terme de « multi-instrumentiste » n’est ici nullement usurpé puisque l’on entend le leader, au hasard de ses neuf compositions, au piano, à l’orgue, à l’harmonium, au mélodica, au sax ténor, à la clarinette, à la flûte ainsi qu’à de nombreuses percussions. Pour l’accompagner, son groupe The New York Hieroglyphics constitué de son New York Sextet fondé en 1998, du guitariste Viva De Concini et de quatre membres des Hieroglyphics première version, créé en 1977 sur la côte ouest alors que Apfelbaum était encore étudiant à Berkeley.

Pour ce disque donc, Apfelbaum a constitué un noyau central de onze musiciens, matière première familière idéale pour une composition ambitieuse et dense. It Is Written fait partie de ces albums qui doivent être écoutés et réécoutés tant les structures sont complexes. Ainsi les quatorze minutes de la pièce maîtresse « Apparition/Projectiles », véritable tour de force à elle seule, enchaînant cassures rythmiques, dialogues volubiles entre les cuivres et les autres instruments ainsi qu’au sein même des sections de cuivres. Au fur et à mesure que le morceau se déroule, les surprises s’enchaînent au point qu’on n’a plus la moindre idée des limites du groupe. Entendre un solo de trombone plutôt groovy superposé à de lourds power-chords d’une guitare saturée semblerait presque habituel tant la complexité est omniprésente et maîtrisée. Néanmoins, Apfelbaum est parfaitement capable de mettre en place de superbes arrangements dans une durée bien plus réduite, comme « Prelude » ou « Labile (Unfolding) » qui ouvrent le disque : une à deux minutes sont suffisantes pour développer de solides riffs de cuivres servant d’assise à des improvisations débridées.

Au-delà de cette grande richesse structurelle et formelle, le disque offre une grande palette d’influences géographiques, tel l’oriental « Rainbow Sign » ou encore « Titiwa » qui penche largement vers la world music grâce au mariage de ses rythmes reggae et du chant africain d’Abdoulaye Diabate.

Riche, intense, compact mais jamais indigeste, It Is Written fait partie de ces trésors musicaux à plusieurs dimensions qui doivent être approchés avec respect, précaution et une grande ouverture d’esprit avant de livrer tous leurs secrets.