Chronique

Phil Haynes & Free Country

Liberty Now !

Hank Roberts (cello), Jim Yanda (g), Drew Gress (b), Phil Haynes (d).

Label / Distribution : Corner Store Jazz

Avec clairvoyance, les musiques élaborées par Phil Haynes bénéficient de son engagement politique et d’une grande détermination artistique. L’association de nouveaux morceaux et d’un patrimoine musical basé sur la notion de liberté atteint son apogée dans ce double album édité par Corner Store Jazz.

Le premier disque est fait de compositions écrites par chacun des membres du groupe Free Country. L’unité collective prévaut ; « Situation Ethnics » et « Past Time », tous deux signés par le guitariste Jim Yanda, soulignent l’originalité des instrumentistes. Entre la batterie protéiforme et la contrebasse chantante, les circonvolutions de la guitare et du violoncelle font monter l’effervescence. Les incursions dans les tensions instrumentales se manifestent avec « Strands Of Liberty » et « The Wire ». « Higgens » met en exergue la liberté expressive du jeu de Hank Roberts ; il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’ancien partenaire musical de Bill Frisell s’épanche à loisir dans cet enregistrement où jazz, country et rock ne font qu’un. L’intensité qu’apportent les interventions vocales du violoncelliste dans « Joy » et « Dawn On The Gladys Marrie » demeure l’un des fondements de l’identité de cette formation. La dimension poétique y est amplifiée avec le jeu imposant et précis du contrebassiste Drew Gress.

Tout aussi imaginatif, le second volume est recentré sur le volet mémoriel avec des reprises de Protest Songs. On y retrouve l’évocation du Grand Ouest américain popularisée par Dallas Burrow avec « The Way The West Was Won ». Enjoué par les phrasés du violoncelle, « Revolution » rappelle qu’à la fin des années soixante, John Lennon militait pour une prise de conscience sur les questionnements socio-politiques avec la non-violence comme seul objectif. Le quartet n’hésite pas à s’orienter dans des directions inattendues avec ces secousses implicites qui bousculent « The Defense Of Fort McHenry » ou les allégories parsemées dans « America The Beautiful ».

Durant son enfance vécue à Hillsboro dans l’Oregon, Phil Haynes se souvient d’avoir écouté de nombreux vinyles familiaux. Les compositions d’Aaron Copland avec les ballets Appalachian Spring , Rodeo et l’œuvre orchestrale Fanfare For the Common Man, que l’on retrouve dans cet enregistrement, l’ont profondément marqué. C’est à son tour aujourd’hui de nous enchanter avec la publication de Liberty Now !

par Mario Borroni // Publié le 25 janvier 2026
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