Scènes

Piazzolla par l’ONJ Yvinec à la Gaîté lyrique

Le nouveau programme de l’ONJ - Daniel Yvinec est une réussite.


24 octobre 2012, sortie du disque « Piazzolla ! », de l’ONJ, à la Gaîté lyrique.

Le nouveau programme de l’ONJ - Daniel Yvinec est une réussite.

Les arrangements de Gil Goldstein donnent à l’Orchestre National de Jazz une cohésion timbrale envoûtante. Pour cerner cette homogénéité, ce dernier a privilégié les vents, laissant aux claviers et à la guitare le rôle de soutien, fonction dévolue aux instruments virtuels dans les orchestrations actuelles. « Mi Refugio » met en lumière le quintet formé par le multi-flûtiste Joce Mienniel particulièrement mis en valeur tout au long de la soirée, l’altiste Antonin-Tri Hoang, dont les nuances nous ont fait chavirer à la Gaîté Lyrique, le baryton Matthieu Metzger avec un solo de systalk box très fusion, le ténor Rémi Dumoulin et le trompettiste Sylvain Bardiau, tous marchant comme un seul homme bien que le tango se danse à deux.

Joce Mienniel, Sylvain Bardiau/Matthieu Metzger Photo H. Collon

Les uns et les autres doublent sur d’autres instruments - clarinette, clarinette basse, soprano, flûte alto, trombone à pistons, etc. La rythmique du bassiste Sylvain Daniel et du batteur Yoann Serra emporte les harmonies riches et subtiles écrites par Goldstein, qui aurait souhaité transposer le son du bandonéon à l’orchestre.

Pierre Perchaud Photo H. Collon

C’est là que le bât blesse. Si nous avons le texte, manque à mon goût le prétexte. Car concert et album s’intitulent Piazzolla !, Astor, de son petit nom, ayant signé presque toutes les pièces. On assiste au magnifique concert d’un big band de jazz qui perfectionne sa sonorité d’ensemble depuis quatre ans sous la houlette de Daniel Yvinec, « Ma qué c’est [pas] la loumière Tan-go » pour paraphraser Boby Lapointe, car l’on ne retrouve absolument pas l’Argentin, l’un des compositeurs contemporains les plus originaux du XXè siècle. La sexualité du tango et la cravache cinglante font tout autant défaut. Astor Piazzolla joue les lanceurs de couteaux quand l’ONJ joue sur du velours. Goldstein n’aurait-il pu utiliser la puissance du piano d’Ève Risser, le Fender trafiqué de Vincent Lafont et la guitare électrique de Pierre Perchaud pour faire bouger les jambes des danseurs et nous donner le frisson ? Il manque fondamentalement à sa vision l’irrévérence avant-gardiste que la personnalité de Piazzolla sut imposer au monde entier.

L’ensemble nous en fait heureusement entendre de toutes les couleurs, mais la coupe ressemble à celle qu’un Nord-Américain inflige à la culture du Sud, l’édulcorant dans l’espoir de la rendre universelle en négligeant ce qu’elle a de sanguin. Mais si l’on oublie la référence à Piazzolla, dont il ne reste que les notes, c’est un travail somptueux. Après tout, c’est ce qui compte. La soirée fut exquise, avec un orchestre mieux servi par la balance que sur le disque, au demeurant très agréable).

Eve Risser Photo H. Collon