Pierre de Bethmann Trio
Essais Volume 6
Pierre de Bethmann (p), Nelson Veras (g), Sylvain Romano (b).
Label / Distribution : Aléa
Les années se suivent et, d’une certaine façon, se ressemblent pour le trio de Pierre de Bethmann. Non que sa formule soit gravée dans le marbre puisqu’à compter du Volume 5 de ses Essais en 2022, le guitariste Nelson Veras a occupé la place laissée vacante par… le batteur Tony Rabeson. Sylvain Romano est quant à lui fidèle au poste depuis le premier épisode des aventures en 2015. Plus de dix ans se sont donc écoulés, avec pour viatique un appétit féroce pour toutes les musiques (jazz forcément, musique classique, chanson, pop…) dont le pianiste se nourrit avec une gourmandise qui n’appartient qu’à lui et qu’il livre à nos oreilles dans le large sourire qu’on lui connaît. Voilà le beau programme qu’offrent une fois encore ces Essais Volume 6, parus sur le label Aléa.
Au sujet de ces trois alchimistes, il serait aisé et justifié de recourir à la sémantique des « fondamentaux » du jazz et de louer leur complicité, leur énergie, leur écoute mutuelle et leur art de la conversation. Mais l’essentiel semble ailleurs, bien au-delà de toute considération technique et musicologique. Car ce qui frappe à l’écoute de ces huit « covers » en provenance de la même session que le répertoire du précédent volume, c’est le sentiment de sérénité qu’exhale la musique du trio. Aucune course à la virtuosité, refus d’un stérile « tout à l’égo », rien que la nécessité de vivre l’instant présent, au plus près de ce que doit être la musique lorsqu’elle est vibration (l’enregistrement au studio Recall de Pompignan a d’ailleurs été réalisé dans des conditions proches de celles d’un concert). Cette fois, c’est le jazz avant tout qui avance tranquillement en majesté (seule une reprise de « Marcie », une chanson de Joni Mitchell tirée de son premier album, Song To A Seagull, en 1968, provient d’une autre sphère), déroulant une partition aux nuances pacifiques : Keith Jarrett, Benny Golson, Alain Jean-Marie, Andrew Hill, Tom Jobim ou Clare Fisher sont inscrits en haut de l’affiche, tous ont écrit les chapitres d’une histoire rêvée dont le point final n’est pas à l’ordre du jour.
Pierre de Bethmann et ses partenaires, en gardiens attentionnés de la flamme, font bien plus que célébrer le jazz : ils l’enrichissent, le font vivre sous un autre jour, et par un effet d’illusion - tout cela a quelque chose à voir avec de la magie - dont ils sont passés maîtres, mettent en lumière ce qu’il a de plus beau. La vie, et rien d’autre.

