
Pleninger, Monder, Haynes
Terra
Peyton Pleninger (ts, bells), Ben Monder (g, elec), Phil Haynes (d, perc)
Label / Distribution : Corner Store Jazz

C’est une surprise comme il y en a peu. Le dernier album de Phil Haynes nous transporte sur des voies inexplorées. Le batteur rompu à tous les exercices et aux musiques plurielles nous offre ce joyau inclassable, Terra.
L’originalité de ce trio percussions, saxophone et guitare joue un rôle essentiel dans la conception architecturale des quatre longues compositions. L’étirement du temps devient le mot d’ordre de la musique, c’est une fresque sonore qui s’impose et qui se consume patiemment. La suite « Moonrise / Aurora / Starlit / Meteor » préfigure ce voyage captivant, l’exploration interstellaire peut commencer. Happé par les notes déliées du guitariste, l’apesanteur nous contamine, cette impression de flottement s’accentue avec les boucles circulaires émises par le saxophoniste. Peyton Pleninger irradie ce disque. Compagnon de route de Milford Graves qu’il a soutenu dans ses dernières années de vie et de Henry Threagdill avec lequel il participe à des projets multidisciplinaires, il transcende l’improvisation libre en harmonie mélodique.
Le mouvement final de « Vision Quest / Three Visitors » est extatique, l’intensité de Ben Monder contraste avec les subtilités du balayage des fûts mené par un Phil Haynes plus inventif que jamais. L’intemporalité prend alors des proportions inattendues avec ces innovations qui déferlent dans « Borealis / Showers / Dreams / Dawn » morceau lunaire et imprévisible à l’image du guitariste, spécialiste des grands écarts qui l’ont conduit de Lee Konitz à David Bowie.
Le retour sur Terre renoue avec les racines du jazz par les abstractions originales qui submergent « Skylark » de Hoagy Carmichael et Johnny Mercer. Le trio détourne les complexités techniques du standard et y impose une modernité expressive. Semblable au mouvement des planètes et des étoiles déterminé par la gravitation, la musique qui se déploie dans Terra agit comme une force d’attraction. Phil Haynes signe là son album le plus audacieux.


