Régis Huby
Bliss
Régis Huby (vln), Samuel Blaser (tb), Séverine Morfin (al), Clément Petit (cello), Claude Tchamitchian (b), Michele Rabbia (d, perc)
Label / Distribution : Le Triton
La musique de Régis Huby prend le son originel comme point de départ du déploiement d’un monde intime. Dans la continuité de ses dernières formations en date, en petit ou grand effectif (Codex III, The Ellipse, Inner Hidden), il revient aujourd’hui en sextet pour un programme tout en sensualité et élégance. Entouré pour ce faire de musicien·nes maîtrisant parfaitement les dynamiques orchestrales comme la texture de leur instrument, le violoniste nous invite à découvrir une suite en cinq parties qui sans jamais se départir d’un flux régulier, nous donne à entendre une grande variété de couleurs.
S’appuyant sur la répétition de motifs qui happent l’oreille sans la brusquer, l’orchestre développe une pensée collective d’où émergent de temps à autre des instruments solistes venus ponctuer le propos général par une respiration et qui sont le moyen de s’acheminer vers une transition. Une succession de tableaux s’engendrant les uns les autres se mettent ainsi en place dans lesquels on peut profiter de la qualité des cordes (celles de Séverine Morfin, Clément Petit et Claude Tchamitchian) qui, pincées ou frottées, façonnent un son velouté qui avance inexorablement. Complétée par les interventions discrètes mais riches en coloris des percussions de Michele Rabbia qui proposent un dérèglement léger enrichissant le propos en lui ôtant de sa pesanteur, cette masse orchestrale immuable trouve son contrepoint dans le trombone de Samuel Blaser qui se fond dans la profondeur des basses tout en apportant une identité ferme et cuivrée.
Si le répertoire aurait mérité un peu de concision pour ne pas égarer la concentration de l’auditeur, certains passages savent rappeler aussitôt à une écoute attentive particulièrement sur la deuxième moitié. « Yellow » sur la partie IV sans quitter le même tempo sait faire poindre l’émotion par un thème élégiaque qui fait chanter à plein le sextet ou le plus martial « Red » qui engage le propos sur une voie plus dure et révèle la capacité de Huby à montrer une force contenue mais puissante qui justifie par opposition la plénitude de la première partie. Par un sens mesuré de la dramaturgie, le violoniste invite à une histoire sensible et lyrique qui emporte l’auditeur, qui s’y immergera avec volupté.

