Renaud Garcia-Fons ou la vie de château
Renaud Garcia-Fons et Claire Antonini ont fait chanter la musique de leur duo Farangi au Château de Lunéville.
Claire Antonini & Renaud Garcia-Fons © ID-B
Jeudi 7 mai 2026. À une trentaine de kilomètres de Nancy, dans le cadre historique et solennel de la chapelle du Château de Lunéville (54), le contrebassiste et la luthiste ont offert au public un voyage aux dimensions multiples, dans le temps et dans l’espace. « Entre musique baroque et Orient », leur duo a fait valoir sa part de rêve.

- Claire Antonini & Renaud Garcia-Fons © ID-B
L’ambiance est recueillie lorsque Claire Antonini et Renaud Garcia-Fons montent sur scène. Il faut dire aussi que l’endroit est prestigieux. Nous sommes dans la chapelle du Château de Lunéville, souvent surnommé le « Versailles lorrain ». Entre majesté et douceur, avec ses grands jardins à la française, ce palais élégant du XVIIIᵉ siècle est l’ancienne résidence des ducs de Lorraine. De quoi impressionner un peu donc… Mais on comprend très vite que ce cadre majestueux constitue un écrin qui sied parfaitement à la musique que le duo va jouer ce soir. Nous avions eu l’occasion de souligner la beauté du répertoire de Farangi au moment de sa sortie en 2019 : « un disque universel, un disque pour tous les amoureux de la musique ». On pourrait ajouter « des musiques ». Sous-titré « Du Baroque à l’Orient », Farangi [1] est une invitation au voyage, à commencer par une traversée temporelle, sous l’influence notamment de Johann Hieronymus Kapsberger (1580 – 1651) [2], l’une des figures majeures de la musique baroque pour luth et théorbe. C’est d’ailleurs dans sa musique que le duo puisera son inspiration à plusieurs reprises.
Son message universel semble plus que jamais nécessaire aujourd’hui.
Qui connaît bien Renaud Garcia-Fons sait qu’avec ce contrebassiste, le voyage est géographique également, c’est un périple enchanté qui vous emmènera des rivages de la Méditerranée à l’Orient en survolant les continents. Mais il est aussi et avant tout chez lui question de circulation intérieure, d’un art de relier les mondes. Son message universel semble plus que jamais nécessaire aujourd’hui. Avec lui, on franchit les frontières entre baroque et jazz, traditions méditerranéennes et improvisation moderne. On tisse de précieux liens entre les humains du monde entier. Mélodiste autant que rythmicien, ayant su faire de sa contrebasse un instrument total, il est un véritable « chanteur » avant d’être le virtuose dont l’univers se dévoile depuis plus d’une trentaine d’années, tout au long de quelque 20 disques au parfum humaniste.
Renaud Garcia-Fons fait remarquer avec une pointe d’humour que 19 cordes sont en action ce soir : 14 pour le théorbe de Claire Antonini et 5 pour sa contrebasse. Tout cela pourrait faire peur car on devine la somme de connaissances et le temps qu’il leur faut mobiliser pour mener à bien un tel projet. Pourtant, ces virtuosités conjuguées – tous deux travaillent ensemble depuis fort longtemps – n’ont rien de pesant. Bien au contraire, elles sont mises au service d’un répertoire d’une étonnante limpidité qui le rend immédiatement accessible, souvent joyeux et chantant. On aurait presque l’illusion d’une facilité en observant la complicité qui unit le duo. Soyons réalistes : c’est bien une illusion car cette musique, au-delà de son exécution millimétrée et de la prise de risque de chacune des improvisations, est savante. Mais il s’agit à l’évidence d’un savoir partagé, que le public reçoit de manière naturelle et dans un état de plaisir. Deux rappels viendront d’ailleurs confirmer son désir de faire durer encore un peu la fête. À Lunéville, il fait bon vivre de temps en temps « la vie de château ».

