Richard Andersson
Monk & More
Richard Andersson (b), Rudi Mahall (cl), Artur Tuźnic (p), Kasper Tom (d)
Label / Distribution : Auto Productions
Il n’y a pas grand-chose d’aussi réconfortant qu’un disque au sujet de Thelonious Monk avec Rudi Mahall. Entendre réconfortant : quelque chose de chaleureux, d’attendu certes, mais toujours vecteur d’émotion. Surtout un bienfait immédiat. C’est toute l’histoire de « Brilliant Corners » joué droit devant par le clarinettiste, n’oubliant pas de jouer d’accélération et de décélération bienvenues, comme pour tester une base rythmique solide, prête à toutes les acrobaties et même bienheureuse de jouer une telle musique devenue répertoire et en même temps sujet d’expérimentation. La contrebasse du danois Richard Andersson, sèche et joueuse en est le symbole, ainsi qu’on l’entend dans « The Blessing » où il fait la paire avec son compatriote Kasper Tom à la batterie.
Kasper Tom n’est pas un inconnu pour Mahall. Il est de ces musiciens qui font jouer le clarinettiste allemand depuis des années, sans pour autant laisser toute la place. Dans cet album de jeu sans entrave sur des standards monkiens, il propose une interprétation nerveuse et ouverte, comme celui qu’il offrait dans Die Große Enttäuschung, une formation que l’on peut retrouver notamment sur l’important Be Our Guest de Griener et Roder. On a le sentiment que sur cette base commune, celle de l’amour des musiques anguleuses de Monk, on retrouve ces liens qui ont toujours rapproché le jazz d’Europe Centrale avec les pays Scandinaves. Ce n’est pas anodin si l’on retrouve pour clore ce quartet l’excellent pianiste polonais Artur Tuźnic, qui fait notamment merveille sur « Trinkle Tinkle » avec un Mahall insatiable. Tuźnic et Andersson furent du Scandinavian Art Ensemble qui enregistra avec Stańko.
Monk & More est l’illustration d’un quartet solide. Avec « Wee See » et sa grande rigueur rythmique, c’est l’occasion d’apprécier la grande liberté de Rudi Mahall qui porte sa clarinette à ébullition, bien suivi par Kasper Tom, heureux de s’aventurer loin de ses bases. Enregistré pour le label Hobby Horse qui suit fidèlement les aventures de Richard Andersson, ce disque est l’expression d’une joie turbulente qui ne se refuse pas. Réconfortant, donc.
