Scènes

Saint-Quentin fait rentrer les Grands Formats

Trois concerts pour la rentrée de Grands Formats au théâtre de St Quentin en Yvelines


La rentrée de la fédération Grands Formats, et ses multiples concerts, est devenue une tradition à laquelle il fait bon participer. L’évènement itinérant siffle chaque année son coup d’envoi dans un théâtre différent. Prétexte pour favoriser les discussions, mais aussi présenter la florissante tradition des grands ensembles hexagonaux. Cette année c’était au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, dans la banlieue ouest de Paris que trois concerts se sont étalés en deux jours. Au programme, l’Experimental Toubifri Orchestra avec Loïc Lantoine, le Sacre du Tympan et Print & Friends, à l’occasion de leurs vingt ans.

Si nous n’avons pas pu assister à la prestation du Toubifri, il régnait encore le lendemain, au moment de rassembler les chaises dans le foyer du beau Théâtre National quelques rumeurs enthousiastes. Y compris durant l’échange avec le public en présence de nombreux chefs des formations de la fédération. Ce n’est pas seulement de l’exubérance et de l’explosivité de la bande qu’il était question. Mais aussi de la poésie de Loic Lantoine et de la virtuosité des improvisateurs. Assez en tout cas pour avoir envie de les découvrir promptement.


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Jérémie Piazza, Fred Pallem © Franpi Barriaux

À cette conférence, on note une présence inhabituelle d’enfants ; relation de cause à effet, le spectacle de la fin d’après-midi leur est pleinement destiné avec le nouveau programme du Sacre du Tympan s’offrant les musiques de Cartoons comme terrain de jeu.
Très vite, alors que s’agitent les spectres de Scoobi-Doo et les moustaches de Mario Bros, on se rend compte que les gamins ne sont pas que sur les strapontins. Les artistes s’amusent, que ce soit Jérémie Piazza à reproduire les sauts de champignons avec des pads électroniques, Matthias Mahler à jouer à Goldorak grâce à de secs glissandi au trombone ou Fred Gastard à incarner Lisa Simpson. Quant à Fred Pallem, en bon chef de bande il s’amuse avec les arrangements comme il l’a toujours fait avec les musiques de films. S’adresser au jeune public cultive son côté sale gosse de la meilleure des façons. Certains crieront à la facilité. Ils auront tort.
Ce genre de projet renoue avec une approche joyeuse et populaire qui n’a pas oublié que « Someday My Prince Will Come », « Chim Chim Cheree » et « Over The Rainbow » n’étaient pas spécialement sortis d’un film de Cassavetes.


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Stéphane Payen, Gilles Coronado, Sylvain Cathala © Franpi Barriaux

Le soir, Sylvain Cathala soufflait avec Print et ses amis deux dizaines de bougies.
Alors qu’il vient de transformer son trio en septet dans Hope, son quintet devenu octet nous rappelle à quel point ces huit musiciens aux rythmiques impaires ont marqué nombre de jazzmen européens. Print a toujours réussi à mêler rigueur mathématiques et atmosphères urbaines et nocturnes. Ici, la lumière jaillit de la trompette d’Alain Vankenhove, plus chaleureux que jamais. Les longs morceaux s’offrent le temps de se structurer. La ligne de quatre soufflants fort complémentaires où Cathala et Stéphane Payen jouent de leur complicité et densifient la masse orchestrale ; derrière, la base rythmique s’échauffe, aiguillonnée par l’électricité de Benjamin Moussay et Gilles Coronado.
Ces derniers se partagent les rôles. Le clavier est atmosphérique. Il ponctue les mutations incessantes de la batterie autant qu’il étrille les mouvements circulaires des saxophones, à commencer par le baryton de Bo de Werf, plus rond que jamais. Quant à Coronado, il se plaît à rudoyer Frank Vaillant et Jean Philippe Morel par des tirades tranchantes, soudaines, qui viennent ajouter du chaos dans la mécanique de précision. Impressionnants, batteur et contrebassiste semblaient venir ce soir là d’une autre planète. Trépidante et tellurique chez Vaillant, alternant douceur et sauvagerie avec Morel.

Cet éventail de groupes définit parfaitement la diversité et l’ouverture d’esprit que prône Grands Formats. Raison de plus pour se précipiter dans les autres concerts de la rentrée, un peu partout en France.