Samuel Blaser Quartet
Rosina
Samuel Blaser (tb), Russ Lossing (p), Masa Kamaguchi (b), Billy Mintz (d)
Label / Distribution : Blaser Music

Avec un appétit discographique constant, Samuel Blaser ajoute une nouvelle référence à son catalogue. Augmentant son trio classique aux côtés de Russ Lossing et Billy Mintz par la présence de son ancien compagnon de route Masa Kamaguchi à la basse, il partage un jazz qui, s’il est traditionnel dans la répartition des fonctions de chaque instrument, s’appuie sur un répertoire aussi contrasté que complémentaire.
L’interplay s’organise autour de la batterie déstructurée d’un Mintz qui, du haut de ses quasi quatre-vingts printemps, est une force créatrice permanente. Avec son jeu aux aguets, d’une finesse incontestable, il a su intérioriser un swing dont ne ressortent que les lignes saillantes. Contournant les attendus, il invite ses camarades de jeu à construire des structures rythmiques audacieuses et pertinentes. La basse, d’ailleurs, ne s’y trompe pas et, sans effort particulier, parvient à charpenter l’ensemble avec une rondeur puissante.
Le son noir du trombone circule entre ces différents pôles avec volontarisme, sans chercher à faire croître le collectif vers des paroxysmes libérateurs mais convenus. Au contraire, l’intensité vient du choix de maintenir le propos dans une tension permanente où chacun reste à l’affût et où la sensation d’espace permet de redoubler la puissance de chaque phrase. En complément contrapuntique, le piano gracieux de Russ Lossing apporte un équilibre lumineux qui lie le tout en même temps qu’il l’allège.
Des compositions personnelles soigneusement écrites, anguleuses et austères tout autant que généreuses dans leur construction, dans lesquelles il faut plonger pleinement pour en saisir la force et la densité, se combinent à des airs traditionnels italiens qui font souffler sur le groupe un air de mélancolie folklorique. Ces airs sont un hommage à l’arrière-grand-mère Rosina de Samuel Blaser, qu’il n’a pas connue : ils apportent une couleur immédiate et touchante à ce disque sophistiqué mais qui se dévoile avec une certaine pudeur.


