Sébastien Paindestre

Le Monde de Kurosawa

Sébastien Paindestre (p), Jean-Claude Oleksiak (b), Antoine Paganotti (d)

Label / Distribution : La FabricaSon / Socadisc

Dix années ont passé depuis le dernier rendez-vous en trio de Sébastien Paindestre. Non qu’il ait été inactif, loin de là, car entre le retour de l’Amnesiac Quartet pour un troisième volume dédié à la musique de Radiohead, Atlantico avec Dave Schroeder, deux incursions Border Jazz avec Nicolas Prost aux frontières du jazz et du classique et des collaborations fructueuses (Tokyo Paris Express, Cyclone Quest, le quintet de Clément Dodray), le pianiste a assouvi son appétit de musiques plurielles.

Sébastien Paindestre, Jean-Claude Oleksiak et Antoine Paganotti ont découvert ensemble l’œuvre d’Akira Kurosawa et les musiques de ses films. On ne s’étonnera donc pas de leur volonté de les explorer. Car ce réalisateur humaniste et novateur, auteur d’une trentaine de longs métrages entre 1943 et 1993, a marqué l’histoire du cinéma avec des œuvres comme Rashōmon, Les Sept Samouraïs, Ikiru ou Ran. Pour mener à bien cette aventure, le trio s’est offert un temps inhabituellement long en studio : neuf jours au total, en ne conservant que le travail accompli durant les deux derniers.

Ce qui frappe à l’écoute de cette réalisation, c’est l’euphorie qui la traverse de part en part. Plus que la dramaturgie des scénarios de Kurosawa, et bien loin d’ajouter une note sombre à sa vision du monde, c’est un plaisir mêlé de jazz et de cinéphilie qui est ici comme mis en scène par trois musiciens au meilleur de leur complicité. Le trio, dans un équilibre parfait de ses trois voix, raconte une histoire aux couleurs d’un jazz ardent, déroulant le fil de scénarios qui couvrent un demi-siècle de cinéma. Il fallait rester humble et ne pas se laisser écraser par l’ampleur de la tâche. Pari réussi, parce que cette musique est habitée d’émotions ; elle déborde de vie et d’humanité. Elle peut aussi jouer avec les dialogues qu’elle s’amuse parfois à faire rebondir. Le trio de Sébastien Paindestre écrit une chronique amoureuse qui donne envie de se précipiter vers la première salle obscure disponible pour vivre une fois encore au rythme du Monde de Kurosawa.

Mieux encore puisqu’il est question de cinéma : ce travail accompli par le trio de Sébastien Paindestre connaîtra une version augmentée grâce à la projection d’images des films accompagnée de textes écrits par Marc Noyer. Soit une autre manière de présenter les huit films au programme du disque. On imagine déjà : musique, poésie, projection d’images… Un autre plaisir à consommer sans modération.