Scènes

Sébastien Texier Quintet au Sunside


Le 14 mai 2013, Sébastien Texier venait présenter au public du Sunside le répertoire de son nouveau disque. Trois sets et plus de deux heures de musique nous ont permis de prendre la mesure de l’efficacité de ce quintet, et de redécouvrir in situ les compositions du saxophoniste, qui trouvent dans la chaleur d’un club leur biotope naturel.

Le nouveau quintet de Sébastien Texier est de ceux que l’on souhaite voir durer. Il conjugue les qualités individuelles des musiciens qui le composent et une intention collective basée sur la recherche d’un son compact et d’un élan émotionnel partagé.

L’intégralité des morceaux du disque a été interprétée dans des versions allongées, ce que permet l’écoute attentive d’auditeurs faisant face aux musiciens. Autant la concision de Toxic Parasites représente une de ses forces, autant on se délecte d’entendre les artistes prendre le temps sur scène de développer de longs solos. Tous mériteraient d’être cités mais évoquons ici celui d’Alain Vankenhove sur « Mumble Blues », qui fit chavirer l’audience par son usage fort intéressant mais aussi théâtral de sa sourdine. Bruno Angelini prend quant à lui le temps d’introduire longuement « L’insouciance », son piano minéral disposant ses notes oniriques dans un silence profond. Le formidable solo de clarinette de Texier sur « Russ & Jim », morceau de sa composition écrit en hommage à deux clarinettistes de l’orchestre de Duke Ellington, Russell Procope et Jimmy Hamilton, fait également partie des morceaux de bravoure qui ont jalonné ce concert, mais dont j’arrête ici l’évocation puisqu’en délices éphémères, ils se sont envolés.


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Sébastien Texier par Olivier Acosta

Au-delà des nombreuses et délectables prises de parole individuelles (indéfectiblement soutenues par un accompagnement riche et inventif), l’interaction a elle aussi bénéficié du temps qu’elle mérite. Ainsi sur « Le courage ne fait pas tout », Angelini, Frédéric Chiffoleau et Guillaume Dommartin ont poussé loin la démarche entreprise dans la version enregistrée. Survolée par le riff fantomatique des instruments à vent, ils se sont livrés à une improvisation à trois remarquable d’énergie de diversité. Sur les titres enlevés (« Toxic Parasite », « Are You Sure »), le groupe lâche les chevaux, l’intensité étant entretenue par la section rythmique, passionnante dans ses effleurements, ses embardées free ou sa pulsation ternaire irrésistible, par les architectures harmoniques et les contrepoints poétiques du pianiste ou les conversations fougueuses de Texier et Vankenhove. Les titres plus atmosphériques ou sensibles (« Song For Paul Motian », « Le jour d’après ») sont magnifiés par un égal engagement, mis au service d’un discours ouaté chargé de subtilités.

En marge des morceaux issus du disque, notons une composition inédite absolument magnifique (« Sur la crête des vagues »), la relecture citée plus haut de « Russ & Jim », ainsi que deux morceaux tirés de Don’t Forget You’re An Animal, « Lilian’s Tears » et « Tango », réarrangés pour l’occasion puisqu’ils étaient initialement interprétés sans piano et avec une seule voix. Tous deux ont été joués durant le troisième set, celui des courageux. Un peu avant la fin du concert, un jeune Américain vient s’asseoir au premier rang et manifeste son enthousiasme un peu bruyamment. On peut lui reprocher son manque de discrétion, mais il faut reconnaître qu’il a mieux su résumer les choses que moi : « Yeah ! Awesome ! ».