Portrait

Seydou Barry, producteur d’Ahmad Jamal

L’histoire de Seydou Barry, 46 ans, producteur d’Ahmad Jamal dont il a publié en 2012 « Blue Moon », un CD et un DVD enregistrés respectivement à New York et à Paris, à l’Olympia. Tandis qu’en septembre prochain paraîtra « Saturday Morning », avec le même quartet.


L’histoire de Seydou Barry, 46 ans, producteur d’Ahmad Jamal dont il a publié en 2012 « Blue Moon », un CD et un DVD enregistrés respectivement à New York et à Paris, à l’Olympia. Tandis qu’en septembre prochain paraîtra « Saturday Morning », avec le même quartet.

Seydou, petit môme de Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône). Papa guinéen (Conakry), ancien militaire, maman… cambodgienne, nombreux frères et sœurs qui vont l’abreuver de James Brown, Marvin Gaye, Stanley Clarke – le saouler à la soul. « C’est ainsi que j’ai été poussé aux portes du jazz ! Il n’y avait qu’un pas à faire… »


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Seydou Barry et Catherine Vallon-Barry © Ph. gp

Il le franchit bientôt quand, lycéen à Salon-de-Provence, il aime à flâner chez son disquaire préféré. Il prend même goût aux disques. Au point d’en piquer un. Un 30 cm de Duke Ellington – c’était juste avant les CD. Bon goût, le garnement ; et devinez le titre ? Black, Brown, Beige ! Trois couleurs parlantes pour l’ado qui encaissait plus qu’à son tour des « Casse-toi, t’es noir ! » Le disquaire, lui, le prend sous son aile – Seydou ne lui avouera son forfait que bien plus tard – et l’envoie en stage dans son autre magasin, à Aix. Entre la frime et la vie plutôt légère, Seydou apprivoise le jazz, petit à petit. Puis il s’engage, sac à dos, sur les routes d’Europe. « J’ai tant appris des gens ! Tout en apprenant aussi à donner. Savoir donner ! » L’appétit du voyage grandit et le pousse vers New York, Tokyo, Dakar…

Il est « encore jeune et con » à la fin des années 80, puisqu’il n’a jamais entendu parler d’Ahmad Jamal, qu’un copain lui fait découvrir lors d’un concert à Colombes. Révélation. De retour au pays, à Saint-Chamas, le jeune homme culotté organise en 1987 un Festival afro-jazz ; deux autres suivront, un peu plus tard, ainsi que des concerts avec Michel Petrucciani… et le groupe pop-rock Niagara. Quand son chemin croise à nouveau celui de Jamal, une dizaine d’années plus tard, il lui propose tout de go de monter un concert à Marseille. Carrément, au culot. « Banco ! » répond Jamal. « Question de feeling », explique Seydou Barry après coup. « Une sorte d’évidence s’est instaurée entre nous. Il est devenu mon deuxième père, mon père spirituel… »

Le concert marche, on s’en doute. Même s’il a fallu taper la famille pour assurer la production… Ainsi se forge un producteur qui, dans les années 90, réunit dans un même concert Ahmad Jamal et le Philippe Petrucciani Quartet. Puis ce sera Liz McComb, Roy Haynes et James Brown, pour qui il organise la tournée européenne.

En 2001, le voilà conseiller culturel du maire de Miramas puis, dans cette même ville des Bouches-du-Rhône, directeur artistique du Théâtre de la Colonne. Il y créé le Jazz Club, ainsi qu’un festival gratuit, le World Music Festival. Rejoint, à la ville comme à la scène, par la comédienne Catherine Vallon-Duflot, il créé avec elle ACM Productions, société basée à New York et Aix-en-Provence. « ACM » pour American Classical Music, selon la propre appellation de Jamal lui-même, qui la préfère au mot jazz.

Dans le portefeuille d’ACM et de sa filiale d’édition Jazzbook Records, on trouve notamment, outre Ahmad Jamal, Yusef Lateef, Archie Shepp, Marcus Miller, le guitariste Philippe Petrucciani ainsi que Michael Lang, fondateur de Woodstock. Sans oublier, dans un autre registre, la chorégraphe et danseuse Marie-Claude Pietragalla. Et, en septembre 2013, donc, le nouveau CD du maître, Saturday Morning, enregistré en février dernier au studio de La Buissonne à Pernes-les-Fontaines.

C’était donc l’histoire d’un mec… histoire en devenir, bien sûr, marquée de grands coups de cœur. Et de culot aussi, dans ce champ du jazz ouvert entre Provence et Amérique.

par Gérard Ponthieu // Publié le 17 juin 2013
P.-S. :

Lire l’article de Sophie Golstein, « Jamal le grand »

Blue Moon, Ahmad Jamal (p), Reginald Veal (db), Herlin Riley (dm), Manolo Badrena (perc). JazzBook Records.